01/04/2008

Bibliothèques virtuelles



Souvent, j’ai cherché des éditions d’ouvrages anciens sur Internet. Aujourd‘hui, le choix est vaste et divers. Les premières bibliothèques électroniques francophones sont apparues vers le milieu des années 1990, au moment où l’Internet commence à toucher le grand public. Des universitaires, des étudiants et bien d’autres lecteurs curieux découvrent ainsi un moyen rapide et simple d’accès à des documents qui, autrefois, faisaient l’objet de recherches chères et pénibles, de prêts entre bibliothèques qui nécessitaient de longues démarches. Soudain, il suffisait d’installer une imprimante chez soi pour obtenir en quelques secondes les pages souhaitées, d‘un clic pour retrouver une citation exacte. La bibliothèque de Babel devenait réalité virtuelle. Une décennie plus tard, certaines de ces collections se sont spécialisées, d’autres ont intégré des images et des vidéos. Des institutions comme la Bibliothèque Nationale de France ont créé des banques de données impressionnantes comme Gallica, qui répertorie des documents comme des manuscrits médiévaux enluminés, des manuscrits d‘écrivains (par exemple, celui du Temps retrouvé) ou les pages illustrées de la réserve de livres rares.
Actuellement, un grand nombre de textes littéraires classiques peut être lu ou téléchargé de manière gratuite sur des sites comme le Projet Gutenberg, le site de l’ Association des Bibliophiles Universels, la Bibliothèque électronique du Québec, pour les œuvres de fiction, ou Wikisource et Erudit pour les revues, actes et thèses (1). Contrairement aux bibliothèques patrimoniales qui s’ouvrent à la modernité, ces collections numériques ont été développées en même temps qu’Internet, très souvent grâce au travail de bénévoles. Il est donc assez facile de lire des textes classiques en ligne, aussi bien dans le domaine littéraire que dans celui des sciences ou de la philosophie. Comme dans bien d’autres domaines, la langue anglaise occupe une position dominante dans l’édition électronique, mais le nombre de textes classiques en français est tout de même assez important. Pourtant, le lecteur se heurte au problème des droits d’auteur dès qu‘il veut approfondir ses recherches à l‘aide d‘ouvrages actuels, essais critiques, articles publiés dans des revues. En effet, pour être diffusées en ligne les œuvres doivent être libres de droits. La longueur de la période soumise aux droits d’auteur varie selon les pays. En France en Belgique et en Suisse, l’œuvre tombe dans le domaine public 70 années après la mort de l’auteur, tandis que la Loi canadienne permet la reproduction d’œuvres protégées dans un but pédagogique, de recherche, d'étude privée, de critique, pour autant qu’on cite la source et le nom de l’auteur. Cette particularité est connue comme Utilisation équitable ou Fair Use. Certains sites proposent un accès restreint à des textes récents, en présentant notamment des extraits et des citations. Je me demande si quelqu'un a déjà calculé le temps qu'il faudrait à un internaute passionné pour lire cet océan de signes. Des centaines d'années? des milliers? Cela me fait penser, de nouveau, à un conte de Borges, Le Livre de Sable, où il est question d'une Bible aux pages infinies.





(1) Autre bibliothèques en ligne

http://www.lexilogos.com/bibliotheque.htm

http://liberfloridus.cines.fr/

http://www.science.gouv.fr/index.php?qcms=bibnum

http://books.google.fr/

http://classiques.uqac.ca/

http://un2sg4.unige.ch/athena/html/francaut.html

Commentaires

Quand j'ouvre les portes de ma bibliothèque à deux battants, je suis saisi du même vertige que Borges. Alors, je n'ose même pas imaginer les dimensions de celle qui se cache dans le ventre du Web: il faudrait lui réserver une planète tout entière.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 01/04/2008

Le problème, lorsq'on a beaucoup de livres et qu'on aime voyager et déménager souvent, est le transport, car le papier est très lourd. C'était un vrai casse-tête, car on ne peut pas traverser toute l'europe en trimballant avec soi les oeuvres complètes de Yourcenar, Borges et Henry James, parmi d'autres. Quand je me rendais chez mes parents, je laissais chez eux au moins une valise pleine de livres, j'ai du aussi entreposer des centaines de bouquins chez mes amis. Lors de mon avant-dernier déménagement, il y a quelques années, j'ai dû me résoudre à vendre une grande partie de ma petite bibliothèque dans une librairie d'occasion. Je me sentais comme dans ces jeux où l'on vous demande quels livres emporteriez-vous dans une île déserte, sachant que le nombre est limité.

Écrit par : Inma Abbet | 01/04/2008

Alors, si vous souhaitez revoir les livres que vous avez vendus à des bouquinistes, ils sont tous chez moi: c'est là où je fais mon marché.
Vous pouvez passer samedi pour le thé, mais envoyez-moi la liste avant: je dois descendre plusieurs étages dans l'obscurité, emprunter des passerelles peu sûres sur des gouffres insondables et éviter les endroits où sont enfermés "les livres abominables de l'antique tradition interdite " (H.P. Lovercraft).
Ma bibliothèque, c'est un peu comme la cave à vin de Géo: on y fait des rencontres étonnantes, mais celui qui s'y risque n'est pas certain d'en ressortir intact.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 02/04/2008

J'aime la poésie, voir mon site : www.cile.ch

Écrit par : Cile | 02/04/2008

Tiens, vous me faites penser qu'il serait temps de la réapprovisionner, ma cave...
Dans le genre expérience douloureuse, je suis tombé il y a bien quelques années au CSP de la Jonchère (NE) sur tous les livres d'un vieil intellectuel lausannois, Jacquillard, grand'père d'un pseudo néo-philosophe auto-proclamé mais véridique camarade journaliste de Eric Burnand (aujourd'hui temps présent, of course) à la Taupe, version jeunesse de la Brèche.
Le vieil homme avait fait fait plein d'annotations pleines de finesse sur des livres de grande valeur a posteriori (enfin pour moi...). Comment peut-on décemment larguer tout ça au CSP et se proclamer néo-philosophe ?

Écrit par : Géo | 02/04/2008

En 1976, j'étais en train de manger une pizza en compagnie d'un membre dirigeant de la Ligue Marxiste Révolutionnaire, lorsqu'un ami s'approche et me dit: "Alors, c'est toi qui a acheté la Jaguar ? Elle immense, bien plus grande que la Rolls...".
Ceux qui apprécient le taoïsme seront comblés. Une sorte de "brèche" dans l'unité du paysage.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 02/04/2008

On s'est certainement croisé, dans ces vies antérieures, Mr Rosset. (mais pourquoi diable avez-vous renoncé à votre pseudo devenu si célèbre ?)

Écrit par : Géo | 02/04/2008

Une stratégie qui n'évolue pas en fonction du déplacement des pièces sur l'échiquier vous condamne à un échec certain: Rabbit correspondait à un engagement sur terrain découvert, Lao Wai était un nuage de fumée destiné à masquer un changement de direction.
Tout est joué: ça va être Austerlitz ou Waterloo.
J'ai lu Sunzi, Musashi et Clausewitz: la victoire est à nous.
Musi

Écrit par : Pierre-André Rosset | 03/04/2008

Et pourtant, c'était un pseudo élégant, j'espère qu'il reviendra de temps en temps comme le grand Lapin Blanc qui nous emmène derrière le miroir. En parlant d'accrocs dans la trame du réel, on peut dire que c'est un thème surréaliste, comme les rencontres incongrues et inattendues dans les tableaux de Magritte et de Delvaux.

Écrit par : Inma Abbet | 03/04/2008

Une fois tous les protagonistes de l'histoire disparus, je vous raconterai l'origine de ce pseudo. Sinon je risque des procès migraineux, lancés par des avocats new-yorkais teigneux.
En attendant, j'aime bien cette expression "la trame du réel". Convaicu que le réel n'a pas de réalité (Watzlawick), je pourrais malgré tout imaginer une trame identique à celle de l'espace-temps, qui se déforme sous l'effet de la gravité (pour les détails, voir Géo) et, dans le cas présent, du poids d'un regard sur le monde (pour les détails, voir Laozi, la physique quantique et éventuellement Géo).
A propos de ce dernier, vous vous souvenez que le White Rabbit avait eu maille à partir avec le Mad Hatter au sujet, justement, de leur propre conception de la réalité folle dans laquelle ils se trouvaient. C'est bien ce qui se passe avec Géo depuis au moins deux ans sur ce site: raison de plus de changer de costume, si je veux voir triompher ma version (nettement supérieure à la sienne).
(Si vous aimez ses films, Tim Burton va sortir sa version d'Alice en 2010. Géo et moi espérons vivre assez longtemps pour voir ça et comprendre enfin dans quel monde nous vivons et savoir lequel des deux a raison.)

Écrit par : Pierre-André Rosset | 04/04/2008

P.-S.:
Magritte & Delvaux offrent des issues de secours à des personnalités jeunes ou qui le sont restées. En dépit de ce que je peux écrire, mon vrai regard est plutôt celui d'Edward Hopper.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 04/04/2008

Message pour Lou : Merci beaucoup pour votre commentaire! Je suis allée voir votre blog, que j'ai beaucoup aimé. Surtout les articles sur la littérature anglaise et américaine.
http://myloubook.hautetfort.com

Écrit par : Inma Abbet | 07/04/2008

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