09/07/2008

Langues étrangères

Que veut dire exactement être bilingue ? La Suisse possède quatre langues officielles. Les polyglottes nous entourent et il devient de plus en plus important, dans les études ou le travail, de maîtriser une ou plusieurs langues étrangères. Pour moi, ces données apparemment quantifiables qu’on voit apparaître dans un cv sont difficilement conciliables avec une expérience que j’ai démarrée un été, il y a un peu plus d’une quinzaine d’années, après la lecture des Mémoires d’Hadrien, de Yourcenar, dans la très belle traduction espagnole de Julio Cortázar. Ce que j’ai découvert à cette époque, c’est qu’il existe des textes capables de faire oublier les chagrins de l’adolescence, de rendre définitivement dérisoires les conversations insipides, de reconnaître la rigueur et la grâce d’un certain style. Je ne savais pas que des fragments de prose pouvaient être aussi rafraîchissants. Dès lors, ma décision était prise : j’apprendrais le français, ne serait-ce que pour lire le texte d’origine. C’était une bonne idée sur le moment, qui améliora probablement mes résultats scolaires, mais dont je n’aurais jamais pu imaginer les lointaines conséquences, car, quoi que l’on dise, les passions ne sont pas toujours éphémères. Après Yourcenar, je n’ai pas hésité à lire toute l’œuvre de Pascal, de Stendhal, de Flaubert, de Proust… en français, bien entendu. Je n’étais pas autant fascinée par les histoires que par un certain rythme, déjà perceptible dans la poésie de la fin du Moyen Age et qui s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui. L’amour du français est resté pour moi une constante, même si, entre temps j’ai appris d’autres langues, comme l’allemand et l’anglais, dont les structures et l’évolution au fil des âges sont tout aussi intéressantes que celles du français, sinon plus. Mais le français reste ma langue de cœur et de pensée, la langue dans laquelle je réfléchis, dans laquelle j’écris, dans laquelle je rêve. Pour moi, le français n’est pas une langue étrangère, mais ma première langue, au même titre que l'espagnol, et ce n’est pas une question de goût ou de volonté. C’est devenu un réflexe. Involontaire, acquis et accepté. Le bilinguisme n’est pas seulement la connaissance de la grammaire et du vocabulaire de deux langues, mais aussi la reconnaissance de codes culturels et leur acceptation. Parfois, les deux langues sont utilisées dans des contextes distincts, dans le travail et dans la vie privée, par exemple. Avoir deux langues premières parfaitement cloisonnées peut se révéler une étrange aventure au quotidien.
Lorsque j’ai cherché des informations sur le bilinguisme, j’ai appris qu’il est actuellement plus que jamais un sujet à la mode. Certains ont suggéré une influence bénéfique sur le cerveau, ou affirmé que les capacités d’apprentissage chez les enfants bilingues seraient plus développées(1). Le bilinguisme est dans tous le cas, chez ceux qui le vivent, un drôle de mélange d’éléments intellectuels et affectifs qui mérite d’être étudié.



(1) http://eideneurolearningblog.blogspot.com/2006/01/bilingu...