24 Heures

28.01.2010

Champs de seigle

Quand j’avais 15 ans, j’ai remarqué le titre d’un des romans de la liste de lectures scolaires proposées cette année-là dans mon école. Il était question, dans la version espagnole, de seigle ou d’un champ de seigle, ce qui donnait à l’œuvre un avant-goût d’imprévisible qui n’était pas pour me déplaire. Le livre en lui-même était d’ailleurs surprenant parce qu’éloigné au possible de tout ce que j’avais vu jusque là. Une couverture blanche, un titre, point final. Pas d’image accrocheuse ou mystérieuse, pas de résumé de l’intrigue, pas de biographie de l’auteur, même succincte. D’ailleurs, mon dictionnaire des noms propres m’apprit bientôt que, sur l’auteur, il n’y avait rien à savoir. Point final aussi.

 Il restait le roman, et c’est là que l’enchantement commençait. Les aventures d’un adolescent fugueur, ou leur absence, car les péripéties newyorkaises tournent court ou éclatent en conversations nocturnes lors des visites à des heures indues, étaient le prétexte au jaillissement d’une voix et d’un rythme soutenu, haché, entrecoupé d’hyperboles et de gros mots, à l’éclosion d’un imaginaire poétique centré sur l’enfance, la fragilité et le regret. Le tout sans la moindre sentimentalité et avec un grand sens de l’économie, projetant des zones d’ombre quand il le faut sur l’école et les familles compliquées. Le héros est toujours en mouvement ; il marche, soliloque, questionne, fuit. Son comportement est souvent inadapté par rapport à son entourage et cette inadéquation laisse apparaître, au lieu de réponses, une question essentielle : le deuil aurait-il justement besoin d’un rythme qui n’est pas celui de la vie quotidienne, d’un style qui serait propre à chacun, qui permettrait de retourner de temps en temps en toute liberté sans s’y égarer dans les maisons hantées de la mémoire ?

Il y a dans ce roman quelque chose que j’ai jusqu’à présent rarement rencontré dans une œuvre d’art : une impression de vérité absolue, de déjà vu. Accessoirement, le titre de ce livre m’a fait aussi découvrir la poésie de Robert Burns, mais cela est une autre histoire.

 

Gin a body

meet a body


Comin thro' the rye,

 


Gin a body

 kiss a body,


Need a body cry?

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Commentaires

Votre billet est une belle énigme à laquelle s'accrocher. Vite résolue grâce à la magie du grand réseau, elle ravive mon sentiment de honte de n'avoir pas lu ce livre, ni à quinze ans ni plus tard! J'ai ressenti la même chose il y a quelques mois en lisant un article décrivant Claude Simon comme le plus grand auteur français vivant alors que j'avais à peine entendu parler de lui! Je l'ai lu depuis, et aimé. Je lirai votre roman céréalier, même si les circonstances me forceront sans doute, pour l'acquérir, à faire la queue dans ma librairie préférée, la Librairie du Midi à Oron.
Je vous en prie, soyez plus fréquente sur votre blog!

Ecrit par : PJR | 29.01.2010

Bonjour PJR. Merci pour votre commentaire. Je viens de lire plusieurs articles à propos de la mort de JD Salinger et je vois que les sites des journaux mettent la nouvelle sur la page d'accueil, alors que sur 24h il faut aller au fond des pages 'culture' pour trouver une petite dépêche! Salinger avait entretenu, volontairement ou pas, au cours de sa vie, le mystère sur un roman écrit après 'The Catcher in the Rye", mais sans publier quoi que ce soit depuis 1965. Cette discretion d'un auteur qui laisse uniquement son oeuvre s'exprimer pour lui m'inspire le plus grand respect.

Je vais essayer d'écrire un peu plus souvent, prochain billet sur le thème que PAR a lancé sur votre blog :-)

Ecrit par : Inma Abbet | 29.01.2010

Voici le commentaire de "flûte" sur France-jeunes :
"Le titre est tiré d'un poème de Robert Burns, «Comin' Thro' the Rye». Dans ce poème, il est dit «If a body meets a body, coming through the rye...», ce qui dans le contexte a une connotation plutôt sexuelle. Holden Caulfield, quant à lui, croit plutôt qu'on dit «If a body catches a body, coming through the rye...». Au lieu d'y voir quelque chose de sexuel, il s'imagine des enfants, jouant dans un champ de seigle. À côté de ce champ, il y a une sorte de falaise. Hé bien Holden se donne pour but d'empêcher les enfants de tomber dans la falaise. C'est une sorte de métaphore : Il veut plutôt empêcher les enfants de grandir et de devenir pervertis comme des adultes. Quand on traduit le titre, ça donne «L'attrapeur dans le seigle»... Encore mieux, «L'Attrapeur dans la champ de seigle»*-). Ça prend tout son sens dans le contexte!"

PJR@ Un autre commentaire insiste sur la nécessité de le lire en anglais...

Ecrit par : Géo | 29.01.2010

Exact, aussi pour la nécessité de lire en anglais, et je n'ai jamais compris ce titre d'"Attrape-coeurs"; le titre en espagnol était 'El guardián entre el centeno', qui répond plutôt à la définition de Holden Caulfield qu'au poème de Burns, et, pour embrouiller le tout, je me rappelle très bien que, dans la traduction, le verbe utilisé était "encontrar" (comme dans le poème, ce qui donnait un autre sens au titre, mais pour cela il fallait connaître les poèmes de Burns).

Ecrit par : Inma Abbet | 29.01.2010

Bonjour Inma, Si le monde est coupé en deux, comme cela arrive souvent lorsque l’on parle d’œuvre culturelle, je fais partie de ceux qui n’ont pas lu, ni en anglais ni en français, « l’attrape-cœur ». J’ai par contre lu de Salinger, le recueil de nouvelle « un jour rêvé pour le poisson-bananes » en anglais « a perfect day for the bananafish ». Cette nouvelle fut particulièrement marquante. Connaissant le passé militaire de Salinger, (le bouquin de poche en faisait mention), la nouvelle était assez éclairante sur les résultats psychiques des combats auxquels il avait participé durant la seconde guerre mondiale, et qui explique aussi peut-être son isolement du monde des artistes et de l’art. (Vivait-il vraiment isolé de TOUS, en ermite, ou refusait-il de participer à quelque chose de dérisoire).
Je lis votre billet, et ses commentaires, et je ne peux m’empêcher, de voir d’autres interprétations au titre anglais. Ne suis pas spécialisé dans la littérature, je précise. Juste un lecteur qui hypothèse, sehen ?
« The catcher in the rye » ne pourrait-il pas être traduit par « le combattant dans le seigle », titre à tiroir, si le sujet en est les ruptures adolescentes, double référence, au seigle qui devient Alcool par fermentation*, le seigle étant cet adolescent, qui sera broyé, « fermenté » ensuite dans une vie militaire sanglante ?
De plus s’il tire son titre du poème de Burns, celui-ci à des connotations sexuelles et aussi des connotations de boissons alcoolisées (Gin et Rye*), pas forcément alcoolique...
Ja teufel ! Ce que j’en dis hein ? Redbaron rime avec…

*Rye étant souvent utilisé en remplacement de Whisky (?) dans le langage américain, par ex. au cinéma.

Ecrit par : Redbaron | 30.01.2010

Bonjour Redbaron, et merci pour vos éclairages. L'une des nouvelles de Salinger, dont je ne me rappelle le titre, parle également d'un soldat qui se souvient de la jeune fille qu'il a aimé avant d'être envoyé au combat. Il y a aussi le personnage du frère aîné dans "The Catcher in the Rye", qui a fait la guerre en Europe, mais qui n'en parle jamais, et cela fait partie, à mon avis, d'un arrière-fond de violence (la guerre, mais aussi violence sexuelle, violence à l'intérieur d'un groupe, à l'école)qui est non seulement incompatible avec la vie mondaine (le monde des artistes), mais aussi inassimilable, même lorsque tout le monde s'accorde pour le nier. Cette violence est parfois clairement exprimée (comme lorsque Holden raconte le suicide d'un de ses camarades), mais la plupart du temps elle reste implicite.

Ecrit par : Inma Abbet | 30.01.2010

... et rien à voir, mais je voulais vous dire que ça fait plaisir de trouver un blog littéraire en Suisse romande! C'est plutôt rare.
Salutations de Fribourg, donc.

Ecrit par : Daniel Fattore | 05.02.2010

Merci beaucoup pour votre commentaire :-)

Ecrit par : Inma Abbet | 06.02.2010

Coucou Inma! C'est Barbie, j'ai une question franchement neuneu...une question de fille quoi! Comment faites-vous pour la jolie couleur mauve de votre blog?
Moi j'essaie même de mettre de Gifs animés mais ça ne marche pas :(
c'est la préhistoire du blog ces plateformes! Là où je me suis lâchée c'est sur Worlpress avec le blog Têtue!

Meilleures salutations! ; )

Ecrit par : Barbie forever | 09.02.2010

Bonjour Barbie, votre question est très intéressante. Je ne me souvenais plus comment j'avais fait la première fois, ainsi je me suis livrée à quelques expériences, et je vous offre le seule marche à suivre que j'ai trouvée (si quelqu'un d'autre a une solution plus simple, j'aimerais la connaître)

1-Entrez avec votre mot de passe dans la zone d'administration de votre blog.
2-Choisir l'onglet "Présentation"
3-Choisir "configuration avancée"
4-Choisir "modifier le template"
5-Choisir "feuille des styles"
6-Changer les codes de couleur dans le code html (changer le "background-color", par ex. "left" pour le cadre, "right" pour la zone à droite où vous mettez vos photos et vos informations. Vous trouverez les codes de couleur facilement sur internet.

Ecrit par : Inma Abbet | 09.02.2010

Merci pour l'info! J'ai ramé pas mal mais maintenant mon blog ressemble à une glace vanille-fraise des années 50...ce n'est pas très "dark" tout ça mais en attendant de pouvoir faire un blog tout noir avec des lettres rouge sang et des chauves-souris qui battent les ailes...ça ira! ;)

Ecrit par : Barbie Forever | 09.02.2010

C'est très joli avec Firefox, mais il ne s'affiche pas très bien avec explorer, je vais voir ce qui peut être fait dans ces cas-là.

Ecrit par : Inma Abbet | 09.02.2010

C'est parfait maintenant!

Ecrit par : Inma Abbet | 09.02.2010

Moi avec Explorer s'affiche nickel, le seul truc c'est que les Gifs ne bougent pas...ils sont tous morts...mais bon c'est pas graaave, tant que ça sort de l'ordinaire c'est l'essentiel! ; )
Merci encore!

Ecrit par : Barbie forever | 09.02.2010

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