22/12/2010

Feu au lac et débuts de romans

 

 

Le feu au lac, expression que j’ai toujours trouvée étrange, illustrée par des images hivernales prises à l’aide d’un téléphone portable.

 

052.jpg

 

053.jpg

 

054.jpg

 

Et, suivant l’excellent exemple du blog de l’Acratopège, d’il y a quelques semaines, je propose aux lecteurs, dans le désordre chronologique, quelques débuts de romans qui me sont chers. Il s’agit de retrouver, pour chaque phrase, le titre et l’auteur. Dans certains cas, il s’agit de romans traduits en français, mais les traductions en question sont suffisamment connues (ce sont tous des textes très connus, par ailleurs) :

 

1. « Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur et avant d’avoir vu, au-dessus des grands rideaux de la fenêtre, de quelle nuance était la raie du jour, je savais déjà le temps qu’il faisait. »

 

2. « Devant l’arc en plein cintre supporté par des colonnes doubles qui donne accès au couvent de Mariabronn, un châtaignier, fils esseulé du Midi, apporté là jadis par un pèlerin revenu de Rome, dressait tout au bord du chemin son tronc puissant. »

 

3. « Un simple jeune homme se rendait au plein de l’été, de Hambourg, sa ville natale, à Davos-Platz, dans les Grisons. Il allait en visite pour trois semaines. »

 

4. « C’était une nuit extraordinaire.

Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l’herbe. Elles étaient en touffes avec des racines d’or, épanouies, enfoncées dans les ténèbres et qui soulevaient des mottes luisantes de nuit. »

 

5. « Une manière de gent sont/Qui d’estre loial samblant font/Et de si bien conseil celer/Qu’il se covient en aus fier ; /Et quant vient qu’aucuns s’i descuevre/Tant qu’il sevent l’amour et l’uevre/ Si l’espandent par le païs/Puis en font leur gas et leur ris. »

 

6. « Je sortais d’un théâtre où tous les soirs je paraissais aux avant-scènes en grande tenue de soupirant. Quelquefois, tout était plein, quelquefois, tout était vide. Peu m’importait d’arrêter mes regards sur un parterre peuplé seulement d’une trentaine d’amateurs forcés, sur des loges garnies de bonnets ou de toilettes surannées, - ou bien de faire partie d’une salle animée et frémissante, couronnée à tous ses étages de toilettes fleuries, de bijoux étincelants et de visages radieux. »

 

7. « Mais, quand j’aurai pris l’héroïque peine de transcrire cette histoire à partir de ce manuscrit tout raturé et délavé, et que je lui aurai, comme on dit, fait voir la lumière, se trouvera-t-il quelqu’un pour prendre la peine de le lire jusqu’au bout ? »

 

 

8. « Je me trouvais ce matin, 16 octobre 1832, à San Pietro in Montorio, sur le mont Janicule, à Rome, il faisait un soleil magnifique. Un léger vent de sirocco à peine sensible faisait flotter quelques petits nuages blancs au-dessus du mont Albano, une chaleur délicieuse régnait dans l’air, j’étais heureux de vivre. »

-------------------------------------------------------------------

Titres déjà trouvés

Ambre a trouvé le n° 3 : La Montagne magique, Thomas Mann; et le n° 8 : Vie de Henri Brulard, Stendhal

Blagueur a trouvé le n° 4 : Que ma joie  demeure, Jean Giono; et le n° 7 : I promesi sposi, Alessandro Manzoni

L'Acratopège et Blagueur ont trouvé que le n°1 était un texte de Proust, mais extrait de quel roman?

Commentaires

Achteufel! Che n'ai vraiment aucune kultur* ! Tant pis... Cholies fotos!
Nachste dans le sens à bientôt.
Schoen weihnachten Inma Abbet
=@=rb
*oder keine mémoire vive? Nein che crois c'est le premier cas...

Écrit par : Red Baron | 23/12/2010

Danke schön RB, j'ai pris les photos la semaine passée depuis mon balcon et c'était vraiment ça, ces mêmes couleurs, ce qui me fait aussi penser que, sur un téléphone portable, la fonction de téléphone devient de plus en plus accessoire. Joyeux Noël à vous aussi.

Écrit par : Inma Abbet | 23/12/2010

Le un on dirait du Proust, le deux du Stendhal, le trois c'est peut-être la Montagne magique, mais en fait je n'ai aucune idée....et je me refuse à fouiller Google. Joyeux Noël un peu en retard, Inma.

Écrit par : l'Acratopège | 26/12/2010

Exact pour le 1 et le 3 (pour le moment, Ambre a déjà trouvé le 3 -La Montagne magique, de Thomas Mann- et le 8 -Vie de Henri Brulard- de Stendhal). Excellent!
Joyeux Noël

Écrit par : Inma Abbet | 26/12/2010

Le Zauberberg c'était facile. Pour le 7, je dirai I Promessi sposi de Manzoni. Pour le 4 et sa nuit extraordnaire, j'avoue avoir triché: Google m'indique Jean Giono et Inma Abbet; je parie donc sur le premier avec Que ma joie demeure...
Quant à la première citation, on songe immédiatement à Proust "Longtemps, je me suis couché de bonheur." Il y a eu des variantes, mais on veut des preuves !
Bonne pioche à ceux qui cherchent encore et bonne suite à tous !

Écrit par : blagueur | 28/12/2010

Merci blagueur, c'était effectivement cela, mais pour le texte de Manzoni vous n'avez pas du tout regardé sur google :-) La version française de ce début ne s'y trouve pas.

Écrit par : Inma Abbet | 28/12/2010

Après un peu de temps perdu, j'interpelle La Prisonnière de Proust.J'avais un prévenu pour le no 6 qui est maintenant identifié: Gérard de Nerval avec Sylvie qui doit être un très beau roman.
l'auteur du 2e passage est aisément repérable: il porte les mêmes initiales qu'une auteure néerlandaise dont vous avez parlé. C'est dans le rayon d'action de Red Baron. En rendant visite au pilote Gabriele D'Annunzio,il tombera dessus plus vite que dans une chasse au trésor aux premiers châtaigners!

Écrit par : blagueur | 29/12/2010

Impressionnant, blagueur! Vous avez tout trouvé...

Écrit par : Inma Abbet | 29/12/2010

Je me rends compte que je ne me souviens guère des débuts des livres lus, mis à part peut-être pour 2-3 oeuvres très connues dont les premières phrases sont célèbres. Le "longtemps je me suis couché de bonne heure" de Proust par exemple.
Une exception néanmoins, "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide", point de départ du "Mythe de Sisyphe" de Camus, et encore, là je m'en souviens en raison d'une discussion avec un ami !
Désolée donc de ne pouvoir faire avancer votre affaire...
Je me souviens d'autre(s) chose(s) quand je lis, de quoi je ne sais pas exactement, mais c'est autre chose.

Écrit par : l'Absente | 30/12/2010

En 5, je hume une histoire bourguignonne au sujet de la Châtelaine de Vergy, qui a causé bien des tracas: Gabrielle plus probablement qu'Alix la vertueuse. Alors donc, si ce n'est tiré du Decameron de Boccace, je propose comme jocker l'Heptameron de Marguerite de Navarre. Alors, alors ?

Écrit par : Rabbit | 05/01/2011

Bravo Rabbit, vous avez trouvé la pièce manquante. Le n° 5 est effectivement le début de "La Châtelaine de Vergy".

Écrit par : Inma Abbet | 05/01/2011

Mais de qui ? De très nombreux auteurs ont utilisé la trame de ce récit médiéval dans leur oeuvre. Je penche pour Marguerite de Navarre à cause du français correspondant bien à son époque. Bingo ?

Écrit par : Rabbit | 05/01/2011

En réalité, j'ai pris le texte d'une version de la "Châtelaine" basée sur le manuscrit C (édition de Jean Dufournet et Liliane Dulac) :
Le manuscrit C est le manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds français 837 (anc. 7218)", et qui date du XIIIe siècle.

Écrit par : Inma Abbet | 05/01/2011

Merci, Inma. Quoi qu'il en soit, je suis heureux de constater que je sers encore à trouver les pièces manquantes. A bientôt.

Écrit par : Rabbit | 05/01/2011

Je lis avec retard ces réponses... vous avez des commentateurs très érudits Inma! Mais cela ne m'étonne guère, quand je découvre quelques-uns de vos billets et notemment celui-ci qui m'a ramené vers votre blog, via celui de l'acratopège sur la Mélancolie :
http://inma.blog.24heures.ch/archive/2007/11/12/le-philosophe-et-la-mélancolie.html#comments

http://leblogdelacratopege.blog.24heures.ch/archive/2010/04/24/vous-avez-dit-melancolie.html

Je suis totalement déprimée (rires) en lisant tous ces beaux billets si brillants mais je l'avoue ils me remettent aussi d'aplomb : savoir rester humble sur sa propre connaissance et laisser l'écriture à ceux (celles) qui savent si bien dire...

Écrit par : Ambre | 27/01/2011

Merci Ambre, le problème n'est pas seulement le temps, mais l'occasion. C'est assez étrange, cette impression d'actualité que donnent les écrits sur Internet, surtout s'ils sont mêlés à d'autres informations plus récentes. Lorsque vous avez un livre, vous avez un support qui vieillit, qui change avec le temps et qui vous permet de le situer dans le temps. Rien de tout cela sur le Web. Cela doit faire un an que j'ai le projet d'écrire quelque chose de plus consistent sur le Genius Loci dans le jardin, mais je voulais visiter quelques jardins qui m'intéressaient avant, et, manque de temps et d'occasion, bref... J'ai l'impression d'avoir deux "lignes de vie" parallèles. Une virtuelle, immuable, intemporelle, et une réelle, avec des fragments d'ordre et des points chaotiques.

Écrit par : Inma Abbet | 27/01/2011

Comme les étiquettes d'hôtels autrefois collées sur les valises ?

Attention de ne pas vous faire avaler par le virtuel: c'est une réalité encore moins réelle que la réalité commune; à la fin du rêve, il ne reste vraiment plus rien.

Selon moi, la technologie numérique devrait figurer aux tableaux de la convention de l'ONU de 1961 sur les stupéfiants ou à ceux de 1971 sur les psychotropes.

Écrit par : Rabbit | 01/02/2011

"Attention de ne pas vous faire avaler par le virtuel: c'est une réalité encore moins réelle que la réalité commune; à la fin du rêve, il ne reste vraiment plus rien."

Au contraire, je suis en permanence dans la réalité commune, avec peu de temps à dédier au virtuel où le temps n'existe pas. Mais cette différence, vous avez déjà dû l'éprouver en comparant le Sichuan virtuel au Sichuan réel. En cas de ressemblance, on pourrait dire que vos moyens d'information et de connaissance étaient fiables.

Bonne année du lapin à vous!

Écrit par : Inma Abbet | 01/02/2011

Oui et non.

Il en a été de la Chine comme de l'Afrique: j'ai été projeté dedans avec tout mon fichier personnel de données culturelles, statistiques & historiques, dont les plus récentes étaient périmées. C'est d'un saut dans l'inconnu qu'il faut donc parler. Il n'y a rien de tel pour purifier l'âme et fortifier l'esprit (si ces deux noms signifient quelque chose...).

Merci, merci ! Mais, je suis persuadé que l'année du Lapin sera bénéfique à tout le monde. Entre l'année du Tigre et celle du Dragon, sachez profiter d'un peu de répit (lire ce qui suit).

"Quel contraste avec l'année précédente! L'année du Lapin est remarquable par la tranquillité qu'elle offre. Les esprits se sont apaisés. La révolution, c'est du passé! Les réformes sociales, ça peut attendre! Les héros sont fatigués et prennent maintenant goût à la douceur de vivre. Il est bien peu probable qu'on puisse assister à de grands bouleversements en une année du Lapin. La vie mondaine connaîtra un essor peu habituel. Cocktails, réceptions, soirées et vernissages se succéderont à un rythme haletant. Des clubs artistiques se formeront même dans les villages les plus perdus. On songera enfin à apprécier de nouveau la poésie, la musique et la peinture. Donnez-vous à cœur joie à ce renouveau. Acceptez les invitations de vos amis; recevez aussi souvent que vous le pourrez. Cela vous aidera à resserrer les liens amicaux existants ou à en créer d'autres. La chaleur humaine vous enchantera et vous immunisera contre la morosité et le découragement. Correspondez beaucoup aussi; n'oubliez pas d'envoyer une petite carte ou un petit mot pour souhaiter bonne fête ou bon anniversaire à tous ceux qui sont proches de votre cœur. Téléphonez souvent à vos parents et vos connaissances pour bavarder au sujet de tout et de rien. Adonnez-vous aussi à un passe-temps artistique. Le Lapin vous aidera à surmonter les premières difficultés rebutantes. Bien sûr, vous ne deviendrez jamais un grand artiste si vous n'êtes pas particulièrement doué. Mais est-ce qu'il faut absolument atteindre les sommets de l'art pour en tirer des satisfactions? Apprenez à peindre et goûtez la joie de manier le pinceau. Écrivez des poèmes, même si ce n'est que pour les réciter devant vos amis lors d'une soirée intime. Et pourquoi ne cherchez-vous pas à dire des mensonges poétiques dans vos lettres d'amour? Et pourquoi n'apprenez-vous pas à jouer de la guitare afin de pouvoir exprimer vos sentiments de façon émouvante sous la fenêtre de votre belle? Vous trouverez la vie merveilleuse si elle vous apparaît sous une apparence poétique. Mais cette apparence, vous pouvez la lui donner. L'année du Lapin sera également favorable au règne de la justice, le Lapin étant, pour des raisons obscures, associé aux magistrats."
(source: NGUYEN Ngoc-Rao).

Écrit par : Rabbit | 02/02/2011

Merci Rabbit pour ce beau texte qui me dérange quand même un peu par son côté fleur bleue et "pensée positive". Mais j'aime assez les beaux sentiments. Je vais me permettre de le transporter en tapis volant jusque chez moi, je veux dire sur mon blog.
A propos de "virtuel", n'oublions pas que ce mot désigne d'abord ce qui est à venir, en puissance, prêt à se concrétiser. Le virtuel et le réel sont dans un lien d'abord temporel, et que celui qui est plus philosophe que moi me lance la première pierre!
Bonne année du lapin à tous!

Écrit par : l'Acratopège | 05/02/2011

Je ne veux pas jeter de pierre (pas même virtuelle ! ni de pierre contre Pierre, quel fracas cela donnerait ! je n’ose l’imaginer), mais donner mon avis, car le sujet m’intéresse, même si, en tant que profane, je n’y connais rien.
Je vais quand même essayer… c’est comme ça qu’on apprend, non ?
Peut-être y’a-t-il plusieurs définitions pour le mot "virtuel". Si on le prend comme opposé à "actuel", alors on peut le voir comme une possibilité, quelque chose en puissance, qui peut, à un moment donné, s’actualiser (ou pas).
On peut aussi parler de la "réalité virtuelle" comme d’une autre réalité, un monde parallèle à la réalité concrète, existant en lui-même et pour lui-même, pouvant n’avoir qu’un lien infime avec le réel concret, bien que faisant partie de la réalité. Un peu comme une deuxième vie dans la vie (personnellement quand je lis un livre j’ai parfois cette impression là, d’entrer dans un autre univers, dans une autre réalité, virtuelle bien que réelle, celle de la rencontre du texte avec ma subjectivité, donc ma perception, mon imagination, ma mémoire, mes affects… Dans ce cas là il est vrai qu’on pourrait l’appeler "réalité imaginaire" plutôt que "virtuelle").
Je pense qu’il n’y a pas forcément de lien temporel entre le virtuel et le réel (il y en aurait plutôt un entre le virtuel et l’actuel), il peuvent exister parallèlement.
Le virtuel me semble un peu "hors du temps"(là je vous rejoins, Inma), mouvant, imperceptible…
Hors du temps, même si, étrangement, certains peuvent y passer tout leur temps.
Virtuel en contraste avec l’actuel, qui lui s’inscrit vraiment dans le temps, dans la réalité concrète.
Que les plus philosophes que moi ne me lapident pas trop !

Écrit par : L'Absente | 06/02/2011

Le virtuel est du domaine de la potentialité, du possible plus que du temporel. Du moins c'est ainsi que l'expression est définie chez Littré:

"1°
Qui est seulement en puissance et sans effet actuel. Chaleur virtuelle, Logique de Port-royal, p. 128, dans POUGENS.
[L'homme] dont la race dispersée anciennement dans les bois n'avait eu occasion de développer aucune de ses facultés virtuelles, n'avait acquis aucun degré de perfection, et se trouvait encore dans l'état primitif de nature, J. J. ROUSS. Inég. note 1.
Substantivement.
Il y a dans les déterminations de l'essence réelle quelque chose qui correspond aux attributs que nous connaissons, qui renferme le virtuel de ces effets, pour m'exprimer avec l'école, BONNET, Ess. anal. âme, 15.
En théologie, on distingue l'intention virtuelle, de l'intention actuelle, dans l'administration des sacrements ; la première suffit pour leur validité, parce que le ministre représente l'Église dont l'action est indépendante de ce qu'il pense, lorsqu'il remplit le devoir extérieur.

Terme de mécanique. Qui est possible, sans qu'on préjuge rien sur sa réalité. On nomme déplacement virtuel d'un point, tout déplacement idéal et infiniment petit qu'il pourrait recevoir, sans entendre par là que c'est son déplacement effectif ; le travail virtuel d'une force est le travail infiniment petit qui correspond à un semblable déplacement.
Vitesse virtuelle, espace infiniment petit parcouru dans la direction d'une force par le point d'application de cette force.
Le principe des vitesses virtuelles, principe dont on est redevable à Jean Bernoulli, LAPLACE, Exp. III, 3.
Moment virtuel, le produit de la force multipliée par la vitesse virtuelle.

Terme de physique. Le foyer virtuel d'un miroir, d'une lentille, est celui qui est déterminé par la rencontre des prolongements géométriques. des rayons lumineux.
Le télescope de Galilée augmente le diamètre apparent de l'objet autant de fois que le foyer réel de l'objectif contient de fois le foyer virtuel de l'oculaire, BRISSON, Traité de phys. t. II, p. 463."

Ce caractère "potentiel" du virtuel a été l'objet d'un glissement de sens vers la notion de "fictif", bien que ce ne soit pas la même chose, mais qui est utile pour définir la vraisemblance de la fiction ou le dialogue narrateur-personnage ("Les personnages de mon roman sont mes propres possibilités qui ne sont pas réalisées", affirme Milan Kundera dans "L'insoutenable légèreté de l'être"). Cela va se retrouver dans d'autres domaines de la fiction, jusqu'à l'expression "réalité virtuelle" (à l'origine un anglicisme, ce qui manquait pour compliquer encore l'affaire), où l'on se trouve devant une représentation fidèle de la réalité. Bref, on est loin de l'alternance, d'après Deleuze, entre le virtuel et l'actuel, où, comme vous le rappelez, le virtuel ne s'oppose pas nécessairement au réel, mais à l'actuel.

Écrit par : Inma Abbet | 07/02/2011

De bien beaux échanges ici.

@ l'Acratopège : si vous aimez "les beaux sentiments" je vous recommande celui-ci, il en est rempli et ce n'est pas du tout "fleur bleue" mais un beau roman "grand public", avec de belles références littéraires :
Les Beaux Sentiments de Jacques-Etienne Bovard, éditions Bernard Campiche.
http://www.culturactif.ch/livredumois/bovard.htm

Il se joue avec réussite de cette phrase de Gide :
"C'est avec les beaux sentiments qu'on fait de la mauvaise littérature".

(Il s'agit là d'une "chaude recommandation virtuelle" (0_0)

"La chaleur virtuelle" demande un imaginaire fertile. Il me semble.

Écrit par : Ambre | 07/02/2011

@inma
Merci pour ce beau jet de cailloux, bien mérité. Quand je pense que j'avais le Littré sous les yeux et que je me suis contenté par paresse du Petit Robert!
@Ambre
Qu'on lise Jacques Etienne Bovard au cœur de la Bretagne me sidère! Je prends bonne note du conseil de lecture.

Écrit par : PJR | 07/02/2011

@Ambre. Les propositions seraient-elles permutables?

"C'est avec de mauvais sentiments qu'on fait de la mauvaise littérature"

ou

"C'est avec la mauvaise littérature qu'on fait de mauvais sentiments"

ou encore

"C'est avec la mauvaise littérature qu'on fait de beaux sentiments"

Merci à vous et à PJR pour remonter ce blog comme une montre ancienne. Pour continuer sur le caractère potentiel définissant le virtuel, on peut apprécier le manque de respect de la règle des trois unités qui sévit par ici (à ma grande satisfaction, d'ailleurs), puisque nous passons de la Bretagne au Sichuan, et de l'étymologie à la philosophie par le biais d'un certain échantillonnage.

Écrit par : Inma Abbet | 07/02/2011

Permuter, oui, c'est possible mais laisser des ouvertures, ne pas trancher, définitivement.

Les "beaux" sentiments ne sont pas forcément les « bons » sentiments. Il y a quelque chose de plus spirituel dans le « beau » que dans le bon. Un des sujets du livre est de savoir si l’on peut faire un bon prof, un bon pédagogue avec de « beaux sentiments ». Le narrateur, le prof, se retient tout au long du roman de se laisser aller à ces « beaux sentiments », de : « parler avec son cœur et ses tripes, donc oser les dérisoires « beaux sentiments » ». Mais il les a en lui ces « beaux sentiments », enfin, il fait tout pour s’en convaincre, ne pas lâcher prise.
Le problème c’est quand « les beaux sentiments » vous empêchent de réaliser vos désirs, par excès de moraline (voir Nietzshe). La vie est si courte (je sais de quoi je parle ;-)) il faut parfois prendre des risques pour lâcher un peu les « beaux sentiments », et oser la transgression. Bref, c’est mon point de vue, je ne sais pas ce qu’en penserait un psy (*_*).
En lisant ce livre, j’étais parfois prise justement entre deux sentiments mais au final j’ai adhéré aux « beaux sentiments ».
Dans ce monde de brutes (0_0) ça fait un bien fou.

Écrit par : Ambre | 07/02/2011

Ca me fait rire parce que hier soir, j’avais le Littré et le Petit Robert sous les yeux, mais n’ai ouvert ni l’un, ni l’autre, malgré mon amour des mots et des dictionnaires ! Même si mon Littré je l’aime un peu moins, car il est virtuel, euh pardon c’est un CD-rom, ça fait tout de suite moins poétique. J’avoue que j’ai pensé le regarder quand même, mais ne l’ai pas fait, était-ce par paresse ? Je crois que c’est surtout que j’avais envie de réfléchir, d’essayer de "penser par moi-même" comme disent les philosophes, de me dépatouiller avec tout ça et de voir ce qui en ressortirait, quitte à me risquer à la lapidation (heureusement ce n’est que virtuel) !! Des fois j’aime bien essayer de me débarrasser de toute "théorie a priori", peut-être pour être plus proche de moi-même.

Maintenant que ma curiosité est bien affûtée, j’ai eu envie d’aller plus loin, voilà ce que j’ai déniché et qui à l’air très intéressant :
http://hypermedia.univ-paris8.fr/pierre/virtuel/virt0.htm
Encore faut-il avoir le temps de le lire… Je serais curieuse de voir ce que l’un(e) d’entre vous en ferait comme billet !

Écrit par : l'Absente | 07/02/2011

Nouvelle permutation : « c’est avec de mauvais sentiments qu’on fait de la belle littérature ».

@Ambre : je suis moi aussi épatée que vous connaissiez Bovard ! On vient de me parler, par hasard, d’une rencontre avec cet auteur qui aura lieu demain soir… Vous venez ;-) ? C’est la porte à côté, à La Tour-de-Peilz.

Merci, en tous cas vous me donnez très envie de lire ces « Beaux sentiments ». Voilà un bout de ce qu’en dit l’auteur :
« Disons qu'Aubort représente la part la plus fragile de Bovard, la plus incertaine, que Bovard a su compenser avec quelques longueurs et quelques lueurs d'avance. Mais Bovard n'a pas envie d'oublier cette part-là, il ne cherche surtout pas à s'en débarrasser, car c'est aussi la plus féconde. Rien de pire qu'un prof, qu'un écrivain qui sait: même chose qu'en équitation, comme disait Chammartin "quand on sait, on ne peut plus". »

Écrit par : l'Absente | 07/02/2011

@ l'Absente : Je l'ai découvert sur Blogres, j'aime beaucoup ce blog qui présente des ouvrages d'écrivains Suisses, souvent, mais pas seulement.

http://blogres.blog.tdg.ch/archive/2011/01/10/quatre-personnages-en-quete-de-gloire.html

En lisant ce billet je me suis précipitée à la médiathèque espérant y dénicher un J.E. Bovard et j'ai trouvé "Les Beaux Sentiments", ils en ont un autre que je vais prendre demain "Une leçon de flûte avant de mourir et, si j'ai autant de plaisir à le lire, j'achèterais "La cour des grands". C'est une littérature de détente pour moi mais qui n'est pas vide de sens. Entretemps je me prends la tête (avec plaisir) avec Pétrarque, Saint Augustin, (en ce moment) Romain Gary, Stendhal, Georges Bataille, Artaud etc. (rires) mais aussi depuis quelque temps avec La pensée chinoise (=_=).

Oui, je vis en Bretagne mais j'ai une affection particulière pour la Suisse, ses écrivains, ses cinéastes et, maintenant;-) ses blogueurs(ses).

Je vais m'attarder demain sur le lien que vous avez indiqué, m'a l'air intéressant. Je suis passée directement à l'épilogue :
"J'aime ce qui est fragile, évanescent, unique et charnel. J'apprécie les êtres et les lieux singuliers, irremplaçables, les atmosphères à jamais liées à des situations et des moments."

Très beau. Voilà qui me donne envie de remonter plus haut!
Merci l'Absente.
Un peu loin pour un aller-retour la Suisse mais je ne désespère pas d'y faire un pèlerinage:)

Écrit par : Ambre | 07/02/2011

1)Pour en revenir au SUJET de ce billet!!! Depuis le 22 décembre, personne n'a trouvé les autres auteurs en suspens?
Je complète pour le N°1, Proust, "La Prisonnière", je suis passée à la bibliothèque ce jour, eh oui, je n'ai pas les tous les tomes de "La recherche...". Bon, j'ai triché. La phrase qui suit :

"Les premiers bruits de la rue me l'avaient appris, selon qu'ils me parvenaient amortis et dviés par l'humidité ou vibrants comme des flèches dans l'aire résonnante et vide d'un matin spacieux, glacial et pur, dès le déroulement du premier tramway, j'avais entendu s'il s'était morfondu dans la pluie ou en partance vers l'azur".

Je trouve qu'il faut une vie entière pour lire La recherche, mais ça vaut vraiment le coup.

La N° 2 : Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse (magnifique, celui-là je l'ai dans ma bibliothèque)

Les numéros 5 et 6 : mystère!

S'il vous plaît Inma, donnez-nous les réponses.

2) "Le virtuel n'est pas du tout l'opposé du réel. C'est au contraire un mode d'être fécond et puissant, qui donne du jeu aux processus de création, ouvre des avenirs, creuse des puits de sens sous la platitude de la présence physique immédiate."
(Je me sens moins seule et moins sotte soudain! Je "creuse un puits de sens , je deviens "créative", l'"avenir" s'ouvre à moi, youpi!)
Extrait de l'article fort intéressant "déniché" par l'Absente.

Écrit par : Ambre | 08/02/2011

Alors les réponses :

1. Proust, "La Prisonnière"
2. Hermann Hesse "Narcisse et Goldmund"
3. Thomas Mann "La Montagne magique"
4. Jean Giono "Que ma joie demeure"
5. Anonyme "La Châtelaine de Vergy"
6. Gérard de Nerval "Sylvie"
7. Alessandro Manzoni "Les Fiancés"
8. Stendhal Vie de Henri Brulard"

Je ne connaissais pas la méfiance des marins envers les lapins. C'est vrai que ce sont des animaux qui affectionnent les endroits secs et détestent l'eau en général. :-) Il faut faire attention, malgré leur apparence de peluches vivantes, ils ont un caractère bien trempé et ne se laissent pas attraper facilement. Le plus curieux avec Blanchon, qui vit en liberté dans l'appartement, est la frontière invisible qu'il a lui-même délimitée, comme si le salon était coupé en diagonal, il ne s'approche jamais de la zone où se trouve mon ordinateur, ce qui m'arrange plutôt, parce qu'il a la mauvaise habitude de ronger les fils électriques. Sinon il adore les caresses et les jeux.

Écrit par : Inma Abbet | 08/02/2011

Merci Inma.
La 5 était donc un piège;-)

Blanchon est en liberté? Et il fait ses crottes dans un seul endroit? (0_?) Je découvre vos peintures : "Les trois lapins" sont charmants.

Écrit par : Ambre | 09/02/2011

Oui, dans un bac à litière pour chat, c'est un animal très propre.

Écrit par : Inma Abbet | 09/02/2011

Les commentaires sont fermés.