26/02/2012

Les presqu'aimées

La première impression que j’ai eu des personnages de Koike Mariko, aussi bien dans le roman Le Chat dans le cercueil que dans le recueil de nouvelles Je suis déjà venue ici, est celle du danger. Un danger insidieux et presque insaisissable collant aux relations amoureuses, et qui donne lieu à un suspense ténu mais continu. Un danger lié à des amours sombres et tièdes, à la rivalité ou la jalousie. Dans Le Chat dans le cercueil, la présence d’un animal domestique cristallise les rancœurs issues de rêves déçus. Un artiste peintre, qui élève seul sa fille Momoko, accueille dans sa maison une jeune élève, amoureuse de lui en secret. Le peintre a aussi une fiancée, Chinatsu, qui ne voit pas d’un bon œil l’attachement exclusif de Momoko pour le chat Lala. Tout ce monde met une telle volonté à être aimé et les dégâts causés par le monstre aux yeux verts sont tels  qu'on peut se demander dès le début si tout cela ne va pas mal finir. Dans les nouvelles, en revanche, il est souvent question de femmes désenchantées et de liaisons furtives mais étendues dans la durée. Des histoires d’amour dont on se demande ce qui peut bien les nourrir, si ce n’est l’attente d’un avenir improbable. Ce sont  onze portraits de femmes (et d’hommes, parfois) jouant entre deux âges et entre plusieurs vies, davantage presqu’aimées que mal-aimées, diluées dans l’anonymat des villes, des héroïnes à peine décrites et dépourvues de nom, comme pour souligner leur condition d’aventurières facilement remplaçables. [Suite]

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