29/02/2012

Des livres, toujours des livres devient livre

Aujourd'hui vient de paraître la version imprimée du blog inma-abbet.blogspot.com. Elle n’est pas bien entendu complète, seuls 29 billets ont été inclus, mais ils m’ont semblé assez représentatifs de ce que ce blog est devenu. Personne ne sait ce que ce support électronique deviendra dans un, cinq ou dix ans. Alors, pourquoi pas une version papier ?

Les notes ont été écrites entre 2007 et 2012 et développent essentiellement des réflexions brèves à propos de livres lus et d’expositions visitées. Plus que de critiques littéraires, il s’agit avant tout d’impressions très personnelles, incluant des sauts temporels inévitables et des inconstances diverses, sans oublier un plaisir réel à discuter et partager des points de vue avec quelques lecteurs qui participent à ces dialogues dès le début. Je regrette de ne pas pouvoir ajouter les nombreux commentaires qui éclairent et développent de manière surprenante la matière des articles, mais je remercie infiniment ces voix, proches ou lointaines, qui, à leur manière, ont contribué à façonner ces textes.

Bonne lecture!

 

 

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26/02/2012

Les presqu'aimées

La première impression que j’ai eu des personnages de Koike Mariko, aussi bien dans le roman Le Chat dans le cercueil que dans le recueil de nouvelles Je suis déjà venue ici, est celle du danger. Un danger insidieux et presque insaisissable collant aux relations amoureuses, et qui donne lieu à un suspense ténu mais continu. Un danger lié à des amours sombres et tièdes, à la rivalité ou la jalousie. Dans Le Chat dans le cercueil, la présence d’un animal domestique cristallise les rancœurs issues de rêves déçus. Un artiste peintre, qui élève seul sa fille Momoko, accueille dans sa maison une jeune élève, amoureuse de lui en secret. Le peintre a aussi une fiancée, Chinatsu, qui ne voit pas d’un bon œil l’attachement exclusif de Momoko pour le chat Lala. Tout ce monde met une telle volonté à être aimé et les dégâts causés par le monstre aux yeux verts sont tels  qu'on peut se demander dès le début si tout cela ne va pas mal finir. Dans les nouvelles, en revanche, il est souvent question de femmes désenchantées et de liaisons furtives mais étendues dans la durée. Des histoires d’amour dont on se demande ce qui peut bien les nourrir, si ce n’est l’attente d’un avenir improbable. Ce sont  onze portraits de femmes (et d’hommes, parfois) jouant entre deux âges et entre plusieurs vies, davantage presqu’aimées que mal-aimées, diluées dans l’anonymat des villes, des héroïnes à peine décrites et dépourvues de nom, comme pour souligner leur condition d’aventurières facilement remplaçables. [Suite]

21/02/2012

Mémoires obscures de Port-Royal des Champs

À propos de Le Désert de la grâce, de Claude Pujade-Renaud

Elles ont été nombreuses à échapper à des lignes de vie trop prévisibles tout au long du XVIIe siècle, à devenir invisibles en adoptant la vie des moniales de Port-Royal. Elles ont rejeté un milieu confortable, en réalité un milieu hostile, pour le monde exigeant de la clôture et de l’étude. Elles, ce sont des jeunes filles appartenant à la puissante famille Arnauld, comme les abbesses Angélique et Agnès, mais aussi Jacqueline, la sœur de Blaise Pascal, la fille de Jean Racine, ainsi que bien d’autres anonymes, qui tournent le dos à Versailles, aux possibilités d’ascension sociale, au mariage, et s’installent dans un « affreux désert » (selon Mme de Sévigné), à Port-Royal des Champs. Leur lieu de retraite sera aussi celui des Solitaires, des hommes qui ont également choisi une vie d’ascèse…  Pourtant, en se retirant du monde, ces moniales et ces Solitaires autrement connus comme jansénistes ont attiré haines et persécutions de la part de l’Eglise et du roi, qui ne se sont achevées que par la destruction totale de l’abbaye de Port-Royal, y compris le cimetière, et la dispersion des dernières nonnes.

C’est justement par l’enlèvement des tombes en 1711 que commence ce roman à plusieurs voix, où se mêlent personnages historiques et imaginaires, des voix féminines en majorité et souvent à l’approche de la mort, des « femmes obscures » s’interrogeant sur les raisons du harcèlement subi par des gens qui ne représentaient aucun danger pour le pouvoir en place, ou si peu. Comme les hommes et femmes du « clan » Arnauld, ayant rejoint ce désert, devenu pour eux une « thébaïde », par dizaines. Pour eux, Port-Royal est profondément imbriqué dans leur histoire, c’est une affaire de famille ; ou comme Charlotte de Roannez, dont la famille n’approuve le choix d’entrer en religion. C’est une histoire d’oppositions, de volontés passionnées dans l’ombre de grandes figures, tels Antoine Arnauld ou Blaise Pascal. [SUITE]

16/02/2012

Acclimatation

Tout récit de voyage est une histoire, réussie ou pas, d’acclimatation. Cette expression est issue de climat et se répand aux XVIIIe et XIXe siècles, à l’époque où les premiers jardins d’acclimatation, destinés à la culture et à l’adaptation de plantes et animaux exotiques ont été créés. Le résultat de l’acclimatation, c’est l’acclimatement. Selon Littré : « L'acclimatement résulte d'une modification plus ou moins profonde produite dans le corps par un séjour prolongé en un climat qui diffère notablement de celui où l'on a vécu. Plus la différence des deux climats est grande, plus l'acclimatement est difficile ». Voyager ne signifie pas nécessairement s’acclimater ;  cela dépend du hasard des rencontres et de ceux de la route choisie, et les voyageurs du XIXe siècle emportaient souvent avec eux de lourds bagages culturels, artistiques ou mythologiques. Mais, parmi ces voyages, il y a aussi des acclimatations partielles, des portes entrouvertes sur une vision poétique au milieu d’un monde bien réel.

Le Voyage en Orient de Gérard de Nerval laisse apparaître tous les aspects paradoxaux de l’acclimatation lorsque, par exemple, le poète s’installe au Caire en se mêlant à la foule, en s’habillant comme les gens du cru, en décidant d’apprendre l’arabe et de comprendre les mœurs de ces gens qui le fascinent. L’époque de son voyage est l’âge d’or des peintres orientalistes, qui exploitent un imaginaire féerique et sensuel associé aux rives orientales de la Méditerranée. [SUITE]