18/04/2012

L'ombre et le reflet

À propos de La double vie de Vermeer, de Luigi Guarnieri

La vengeance doit-elle être nécessairement destructrice pour celui qui l’accomplit ? Ne rêve-t-on davantage d’une revanche dépourvue d’éclats publics, secrète mais efficace, et qui épargnerait le vengeur ? Et qu’adviendrait-il de quelqu’un dont le projet vengeance entraînerait une réussite personnelle inattendue ?  Ces questions et bien d’autres affleurent à la lecture de La double vie de Vermeer, de Luigi Guarnieri. Le roman, fiction construite autour d’un fait divers, assez connu par ailleurs, datant de la fin de la Seconde guerre mondiale –l’histoire d’un peintre hollandais qui avait dû démontrer sa qualité de faussaire en peignant un faux Vermeer en prison, alors qu’on l’accusait d’avoir vendu d’authentiques Vermeer aux nazis-, nous offre plusieurs portraits révélateurs où l’amour de l’art peut entraîner des comportements étranges, des recherches passionnées ou des pillages abjects. Au départ, VM est un artiste talentueux, mais –trop- fasciné par le passé. Dans les premières décennies du XXe siècle, cela ne se fait pas, on ne peut rester en marge de la modernité, et VM subit les moqueries et le mépris de toute une série de critiques capables de briser des carrières pour des raisons hautement subjectives, alors qu’eux-mêmes ne sont jamais mis en question. Afin de les confondre, VM imagine une vengeance originale : réaliser une fausse toile de Vermeer, la faire authentifier par le plus arrogant des experts, puis dévoiler la supercherie. Une bonne blague… Sauf que rien ne se passe comme prévu, car le faux tableau est si soigneusement exécuté (tout a été étudié, de la toile d’époque aux pigments, en passant par la qualité des craquelures, et il a eu besoin de six années pour le réaliser) qu’il est non seulement tenu pour vrai, mais acheté par un musée pour une somme importante. Devenu soudainement riche, VM renonce à ses projets de vengeance et se met à vivre dans l’ombre de Vermeer, [SUITE]

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