15/05/2012

Récits qui écoutent et poissons magiques

A propos de Au pays des mensonges, d’Etgar Keret


Un livre pourrait-il devenir un animal à la fourrure douce ? Un poisson transformé en homme par une sorcière ayant la bougeotte garderait-il la nostalgie de la mer ? Les univers parallèles sont-ils un remède au chagrin d’amour ? La plus belle histoire du monde ne serait-elle pas celle qui « écoute » le lecteur au lieu de lui imposer un récit ? Peut-on rencontrer un jour les personnages qui peuplent nos mensonges et qui ne manqueront pas de nous demander des comptes ? La lecture des 39 nouvelles qui composent Au pays des mensonges est ainsi des plus stimulantes. Parfois extrêmement brèves, les histoires nous laissent nous égarer dans un monde fantaisiste en constante expansion. Elles ouvrent des trappes secrètes dans les rêves ou les souvenirs. Mais le fantastique s’enracine le plus souvent dans un contexte quotidien, dans une plage hors-saison ou un appartement banal de quelque ville israélienne, description concise mais minutieuse du réel offrant en arrière-plan le portait d'un pays. Du fantastique, mais aussi beaucoup d’humour absurde au cœur de la tristesse, comme lorsqu’il s’agit d’évoquer les mésaventures sexuelles de personnages minés par l’indifférence, de raconter la solitude de celui qui possède un poisson magique qu’il tient absolument à garder dans un bocal, non pour les trois vœux que le poisson peut exaucer, mais parce que la qualité première d’un tel animal est qu’on peut discuter avec lui toute la journée...[SUITE]