29/06/2012

Le Condottière

Une manière comme un autre de se casser la gueule 

C’est  tout un mystère, sous forme de roman inédit trouvé, comme il se doit, dans une vieille valise, que ce Condottière qui se cache et se dévoile, illustrant les thèmes du mensonge et de l’autodestruction. Dans ce récit de 1960, que Georges Perec considérait comme son premier roman abouti, apparaît pour la première fois le personnage de Gaspard Winckler, le même qui, dans La Vie mode d’emploi, fabrique des puzzles à partir des aquarelles peintes par Bartlebooth, objets destinés ensuite à être reconstruits, et lavés pour obtenir de nouveau des feuilles blanches. L’œuvre façonnée et détruite en même temps. Le contrôle absolu que l’on sait être une chimère. Dans Le Condottière, cette illusion de la maîtrise, de soi et de l’œuvre, éclate dans un long questionnement à propos d’un échec : celui de Gaspard Winckler, qui ne parvient pas à exécuter une copie du Condottière d’Antonello da Messina. Le faussaire expérimenté qu’est devenu Winckler se révèle incapable de réaliser autre chose qu’un pastiche, ou alors un autre tableau. La technique ne suffit pas, car, « pour peindre un condottière, il faut regarder dans la même direction que lui ». Il faut être Antonello da Messine pour peindre comme Antonello da Messina. Le faux impliquant une reconstitution de l’œuvre à l’envers, c’est-à-dire sans le contexte de sa création, la table rase devient la pente glissante qui conduit Winckler dans une cave, où, après avoir tué Madera –le commanditaire du faux tableau-, il se trouve dans un cul-de-sac, hésitant entre la fuite en avant et le retour vers le passé. [SUITE]

16/06/2012

Degas et le nu

 

Corps opalescents

Il ne reste guère de temps, à peine deux semaines, pour voir l’exposition consacrée au nu chez Degas au Musée d’Orsay, à Paris, organisée en binôme avec le  Museum of Fine Arts de Boston. L’ayant visitée l’autre jour par un heureux hasard, elle m’attirait par les nuances que l’artiste a pu imprimer au sujet le plus classique, considéré depuis toujours comme un exercice de style, souvent enfermé dans des codes mythologiques ; autrefois la nudité apparaissait  sophistiquée et souvent parée de bijoux et de voiles, c’était une déesse ou nymphe surgissant d’un fond sombre ou d’un jardin idéalisé. Ici, le nu est en revanche inscrit dans un cadre quotidien, baigné de lueurs opalescentes, et les endroits privilégiés sont le lit et le bain. Ces 170 œuvres, incluant des peintures, sculptures, estampes ou dessins, mais également quelques tableaux d’autres peintres où l’influence de Degas est perceptible, montrent le caractère original d’un sujet que l’artiste a exploré pendant des décennies dans d’innombrables expérimentations techniques, évoluant vers un certain naturalisme au fil du temps. Aussi, la fin des années 1870, Edgar Degas réalisa également une série de monotypes évoquant l’ambiance des maisons closes, où l’on trouve déjà sa manière d’interpréter le nu : une scène d’intérieur, des femmes seules, plus rarement à deux, se baignent ou peignent leurs cheveux.   Mais le plus intéressant de cette mise en perspective de toute une œuvre est, à mon avis, la réitération des attitudes et des mouvements des corps. [SUITE]

 

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18:16 | Tags : art | Lien permanent | Commentaires (0)