14/03/2014

Peintures et dessins d'écrivains

A propos de Peintures & dessins d’écrivains- De Victor Hugo à Boris Vian, de Donald Friedman

 

Certaines œuvres picturales et graphiques réalisées par des écrivains sont assez connues, et elles s’intègrent bien dans leur style. C’est le cas des dessins à l’encre de Victor Hugo, de ceux de Goethe ou d’E.T.A. Hoffmann. Certains artistes ont été tout aussi reconnus peintres et poètes, comme Dante Gabriel Rossetti ou William Blake. Pour d’autres, il est impossible de séparer le dessin de l’écriture, et on peut se souvenir du monde animalier de Beatrix Potter. Mais qui connaissait les talents de portraitiste, caricaturiste ou paysagiste qui sont restés cachés dans  les marges de la création littéraire, présents sous forme de divertissement, de passion privée, parfois de mise en scène visuelle ou d’illustration dans les romans et nouvelles de nombreux écrivains?

 C’est ainsi que l’on découvre les portraits –essentiellement d’amis ou de proches- esquissés par Alfred de Musset ou Edgar Poe, les tableaux de Théophile Gauthier et George Sand, et, également, la manière dont G.K. Chesterton, Lewis Carroll ou Kipling voyaient leurs personnages. Une vision parfois décevante pour l’artiste lui-même, telle Charlotte Brontë évoquant ses illustrations pour Jane Eyre : « Il n’est pas suffisant d’avoir l’œil du peintre, il faut aussi avoir la main du peintre pour tirer profit du premier don. J’ai gâché, en mon temps, une certaine quantité de papier bristol et de feuilles de dessin, de pastels et de godets de couleurs, mais lorsque j’examine aujourd’hui le contenu de mon portefeuille, on dirait que, durant les années où il est resté fermé, quelque fée aurait transformé en feuilles mortes ce que jadis je prenais pour de l’or ; […] ». Déception, mais aussi, toujours chez les sœurs Brontë, prolongement d’un univers poétique. D’autres exemples montrent la fascination de l’objet sculpté, (Pearl S. Buck), l’ancrage des souvenirs (Joseph Conrad) ou l’expérimentation avec la forme même des mots (Guillaume Apollinaire).

La définition d’œuvre d’art, et par extension celle de l’artiste se trouve à la fois perturbée et enrichie par cette impressionnante collection de quelques 200 écrivains classés par ordre alphabétique, du monde entier, actifs entre le XVIIIème et le XXe siècle. Les romantiques y côtoient les surréalistes. Difficile de dire quel est le plus important des deux langages chez ceux qui les ont cultivées ; quant aux significations, elles sont innombrables… Gribouillage ou technique stylistique, le trait empiète sur le mot. À l’origine, il peut y avoir une vocation artistique multiple (on peut être écrivain, peintre et musicien), une impossibilité à se décider pour une seule voie. Mais ce n’est pas le seul élément inspirateur car, le rapport entre écriture et peinture est très ancien, présent dans les langues basées sur des idéogrammes et dans toute forme de calligraphie.

Pour D. Friedman, qui met en lumière des détails de la biographie de ces artistes polymorphes, l’attitude qui consiste à explorer ces chemins et à répondre à ces vocations simultanément est probablement liée dans son ensemble à la souffrance : parmi les auteurs, on trouve beaucoup ayant vécu des enfances traumatiques, des abandons, des expériences précoces de la mort de proches, le la misère ou de la maladie, de la dépression aussi, nous rappelant que tout ce qui est pénible peut cependant devenir matière malléable et transformable.

Inma Abbet

 

 

Peintures & dessins d’écrivains- De Victor Hugo à Boris Vian, de Donald Friedman, traduit de l’anglais par Christian-Martin Diebold, Lucie Taffin et Fenn Troller, Beaux-Arts éditions, 2013

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