19/04/2014

l’École de la triche

À propos de l’École de la triche, de Marie-Estelle Pech

 

De la classique antisèche glissée discrètement dans la gomme ou le stylo à la triche sophistiquée basée sur des smartphones et autres gadgets électroniques ; de la fraude grossière, où un candidat à un examen prend la place d’un autre, aux plagiats les plus subtils ; des pots-de-vin aux diplômes en vente sur internet, c’est tout l’univers immoral et fascinant de l’imposture dans le monde du savoir qui est exposé dans cet ouvrage. Si, paradoxalement, les méthodes deviennent avec le temps de plus en plus simples, grâce aux technologies modernes, l’auteur s’intéresse avant tout à la raison d’être de ces pratiques dans le cadre des études secondaires et supérieurs. Des motivations qui mettent en lumière leur incroyable ampleur, dont les principes ne se limitent pas au milieu de l’éducation, mais envahissent toute la société.


On apprend, d’abord, qu’il s’agit de procédés anciens. La substitution d’identité, par exemple, était beaucoup plus simple à une époque sans photographies. Il était facile, pour des étudiants peu portés sur l’étude mais possédant des moyens financiers importants, de louer les services de candidats professionnels pour le jour de l’épreuve. Le baccalauréat, à partir de 1809 et pendant tout le XIXe siècle est le théâtre de ces stratagèmes et d’autres similaires. À cette époque, on acceptait également que les candidats apportent avec eux des lettres de recommandation, de sorte que l’on peut se demander à quel point la pression des parents et amis de la famille influents ou connus des examinateurs pouvaient avoir un effet sur la note finale. Pourtant, déjà en ces temps, une certaine lutte contre les falsifications se mettait en place, avec des amendes dissuasives et des peines de prison, sans oublier l’exclusion du fraudeur…


L’âge moderne, avec des documents d’identité de plus en plus malaisés à falsifier a rendu la substitution beaucoup plus rare, mais d’autres moyens se sont peu à peu développés : oreillettes, calculatrices pouvant cacher le contenu de certains cours, et, surtout, téléphones portables, dont l’usage massif, malgré leur interdiction pendant les examens, rendent la supercherie accessible à tous.


Un autre problème, tout aussi répandu, est celui du plagiat, particulièrement présent, selon l’auteur, dans les TPE (travaux personnels encadrés) : cela va du simple copier-coller d’une fiche Wikipédia à l’inclusion de passages entiers dans des articles, des mémoires ou des thèses sans citer leur auteur. Le plagiat touche toutes les disciplines scolaires ou universitaires, tous les milieux et  catégories sociales ; il pose les questions essentielles du droit d’auteur et de ses limites. Malgré les sanctions, (le cas d’un ancien ministre allemand ayant perdu son titre de docteur à la suite d’une affaire très médiatisée est emblématique) l’ambigüité demeure à propos de ce qu’on peut « emprunter » à l’œuvre d’un autre. Des thèmes ? Un raisonnement ? Un style ? En littérature particulièrement, la frontière peut être assez floue. La possibilité de se voir mêlés à du plagiat augmente aussi pour les étudiants qui font appel à des rédacteurs professionnels ou « nègres » pour leurs travaux écrits. Il devient, dans ces cas, impossible de contrôler toutes les références, ou de vérifier que l’ensemble du travail n’est pas une habile réécriture d’un texte existant.


L’auteur a étudié avec soin les motivations des tricheurs, à l’aide, notamment, de nombreuses informations glanées sur les réseaux sociaux. L’aspect pratique demeure la raison principale, c'est-à-dire la facilité ; vient ensuite l’effet de groupe… Si tout le monde (ou du moins la plupart des élèves d’une classe) se livre à des agissements semblables, leur caractère immoral s’estompe à leurs yeux ; il devient même objet de plaisanteries et de fierté : celui qui triche serait simplement plus « malin » que les autres. Ces motivations sont très variables selon les cultures, selon la façon dont on accède aux études supérieures et la valeur que possèdent les diplômes.


Concernant des causes plus profondes, on peut évoquer la nature même des examens ou des travaux demandés. L’insistance sur un savoir mémorisé qui favoriserait le désir de le posséder sans faire d’efforts. Mais la fraude généralisée aurait pour conséquence de dévaloriser l’ensemble du système éducatif, en instillant la méfiance quant à la véracité d’un cv ou les connaissances réelles d’un professionnel. Enfin, l’école de la triche est, pour l’auteur, un phénomène social incontournable : les pratiques douteuses se trouvent à tous les échelons et mettent à mal la notion de mérite personnel.

 

 

L’École de la triche, de Marie-Estelle Pech, éd L’Editeur, 2011


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