20/07/2014

Parfums

À propos de Les 101 mots du parfum à l’usage de tous, d’Elisabeth de Feydeau ; Parfums, une histoire intime, de Denyse Beaulieu.


Cela fait longtemps que le thème du parfum me suit, m’enveloppe et me hante. Mes parfums sont des moments et des lieux disparus. Inexprimables par les mots, à moins de recourir un domaine sémantique qui concurrence la réalité insaisissable des souvenirs olfactifs. Qu’est-ce qu’une note poudrée ? Comment décrire la « rondeur » d’une senteur ? Écrire sur le parfum serait l’exercice de subjectivité par excellence, comme un journal intime éclaté en de nombreuses nuances qui garderait davantage de secrets qu’il n’en révélerait.  J’associe différentes époques de ma vie à des parfums que je portais en ces moments. Disparus des catalogues, il m’arrive d’en trouver des flacons intacts dans des parfumeries et sur internet. Mais l’effet qu’ils produisent sur moi est souvent décevant. Je retrouve les mêmes notes, mais rarement les impressions d’autrefois. Modification de l’odorat ? Altération des essences utilisées ? Je crois plutôt à l’incomplétude du cadre. Il me faudrait, pour ressentir exactement ce que je ressentais en gardant une mouillette imprégnée de  Femme de Rochas dans ma poche, une soirée d’automne, une envie de ne pas rentrer chez moi tout de suite, et de longer à vélo un certain canal, avant de me retrouver presque dans les bois à la tombée de la nuit. Tous les contextes ne se valent pas. Il faudrait pouvoir reconstituer les fils quasiment infinis d’une trame évanouie dans le passé, exercice impossible qui n’est pas sans rappeler le conte de Borges Funes ou la mémoire, où la reconstitution exacte d’une journée prend précisément une journée. Les ouvrages dédiés au parfum possèdent souvent cette caractéristique d’évocation intrigante ; les caractéristiques d’une odeur y sont patiemment rétablies, et les considérations techniques nous guident dans la découverte des complexités d’un monde à la fois archaïque et très moderne. Mais présence d’un parfum garde toujours une part de mystère que l’esthétique des flacons et la description des notes et des accords ne peuvent recréer. Les livres sont indispensables pour nous représenter concrètement les essences parfumées et leurs ingrédients, l’histoire des matières premières, les techniques d’extraction ou les effets des modes nous aident à comprendre l’importance culturelle du parfum.


(suite) http://inma-abbet.blogspot.ch/2014/07/parfums.html

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