12/02/2015

Nous l'appelions Em

 

 

À propos de Nous l'appelions Em, de Jerry Pinto

 

   Les fragments d'une vie de famille inhabituelle, parce qu'éprouvée par un trouble difficile à comprendre, la bipolarité, sont ici rassemblés dans un récit qui prend de multiples directions. Il y est question de maladie psychique, de traumatismes liés à la pauvreté et l'exil, de conservatisme social qui laisse peu de place aux aspirations personnelles, d'amour et de maternité. Au centre de cette histoire, le personnage d'Imelda, surnommée Em par ses enfants. Em habite un quartier modeste et tranquille de Bombay, avec son mari Augustin, dit Monsieur Hmm, et ses deux enfants, le narrateur et Susan, qui commencent leurs études universitaires. Augustin gagne bien sa vie, aime sa femme, mais celle-ci est atteinte d'un mal étrange, qui la fait osciller entre la lucidité et le délire. Em est tour à tour qualifiée de bipolaire, ou de maniaco-dépressive, mais elle-même se définit comme « folle ». Cependant, rien n'est davantage flou que ces étiquettes, qu'elles soient savantes ou injurieuses, et le rôle du narrateur sera de s'intéresser à ses racines familiales pour tenter d'expliquer la souffrance qui les frappe tous et qui modifie leur perception du monde.

 

   Sa recherche est éparpillée, autant dans la chronologie que dans les thèmes, aussi désordonnée que la vie quotidienne d'Em et les siens. Les dialogues sont nombreux ; ils soulignent les phases euphoriques d'Em, lorsqu'elle ne tient pas en place, et raconte des histoires scabreuses portant sur des méthodes contraceptives surannées, sur sa vie sexuelle et sur se rêves brisés. Parfois, le discours est parasité par des idées fixes, des jeux de mots, des répétitions ou des digressions, et surtout par une constante impression d'étrangeté issue de la façon distanciée dont Em s'adresse à ses enfants, comme s'il s'agissait de deux adultes qu'elle vient de rencontrer.

 

   Les conversations avec Em pouvaient ressembler à des déambulations dans une ville inconnue, où tout chemin emprunté était susceptible de bifurquer brusquement, vous entraînant avec lui. Il fallait sans cesse s'efforcer de retrouver la route principale si on espérait arriver quelque part. (pp. 36-37)

(SUITE)

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