16/04/2015

De Raphaël à Gauguin

De Raphaël à Gauguin

 

à propos de l'exposition De Raphaël à Gauguin. Trésors de la collection Jean Bonna, à la Fondation de l'Hermitage, Lausanne

 

   Le papier est un matériau singulier. Fragile, il tolère mal les agressions de l'humidité et de la lumière. Comme support d'art, il ne semble pas destiné à un long avenir. Le papier, c'est le territoire de l'esquisse et du brouillon, de l'ébauche préalable de ce qui deviendra tableau ou fresque. Pourtant, malgré son caractère friable, les œuvres sur papier font parfois preuve d'une surprenante résistance aux effets destructeurs du temps. Cela tient peut-être aux caractéristiques des pigments utilisés dans le dessin, à celles du papier, et, naturellement, aux conditions de conservation. La volonté de conserver l'éphémère fait que les œuvres ne puissent être exposées de manière permanente, elles constituent, en revanche, des objets précieux gardés au sein des départements des arts graphiques de nombreux musées et bibliothèques, et de quelques collections privées. L'importance des dessins est double : ils peuvent être considérés, pour leurs qualités artistiques, comme des œuvres à part entière, tout en étant des témoignages uniques de l'évolution du travail des artistes, comprenant les séances de pose, le dessin en plein air, les étapes de l'élaboration d'un tableau, l'influence de l'esthétique d'une époque déterminée ou, simplement, l'expérimentation avec diverses matières et textures.

 

   Cette diversité des approches artistiques et historiques est bien présente dans la collection Jean Bonna, constituée depuis une trentaine d'années, à Genève, et connue du public depuis dix ans environ. Suivant un chemin intuitif, basé sur le goût personnel, la collection regroupe des dessins exécutés entre le XVe et le XIXe siècle. On y retrouve aussi bien la Renaissance de Dürer et Hans Hoffmann avec des animaux fidèlement reproduits, que l'étude pour la Vierge au long cou, du Parmigiano, les lavis de Victor Hugo ou des baigneuses de Renoir. Ce voyage pictural s'arrête au seuil de l'art moderne, après avoir exploré ces facettes méconnues des maîtres anciens. L'abondance et la pertinence des choix sont frappantes : « Ce qui caractérise votre collection, c'est sa volonté encyclopédique. Elle veut raconter une histoire du dessin des origines à nos jours (presque jusqu'à nos jours), d'une manière exhaustive [...] » ˡ L'histoire du dessin est aussi celle de la « peinture sur papier », telle est la diversité des techniques et matériaux, qui en font souvent des œuvres accomplies.

 

   Il y a un lien entre la représentation picturale et l'écriture lorsque le support est le papier ou le parchemin. Ce n'est pas sans rappeler l'univers de l'illustration et de la miniature. Les enluminures disparaissent avec le Moyen Âge et avec l'essor de l'imprimerie, mais le dessin, à partir du XVe siècle, lorsqu'il devient une phase préparatoire dans la réalisation d'une peinture, continue de se faire en grande partie avec les outils de l'écriture : la plume et l'encre, différentes sortes de crayon, comme le crayon Conté, la pierre noire (schiste argileux noir au grain fin, qui donne un trait souple gris ou noir, remplacé au XIXe siècle par le graphite), le fusain (charbon de bois). Ces techniques incluent également l'aquarelle, la gouache, le lavis (encre diluée), la sanguine (argile ferrugineuse) ou, afin de créer ombres et nuances, les « trois crayons » (trois minerais sur du papier teinté : pierre noire, sanguine et craie blanche). Davantage que la couleur, les artistes semblent chercher la précision dans le trait, les contrastes et les effets de lumière. [SUITE]