30/07/2017

Autoportraits au féminin

Parmi les représentations picturales où la fantaisie s'exprime le moins, qui semblent quasiment figées à travers les âges, l'autoportrait occupe une place de choix. Ceci semble encore plus visible dans les autoportraits de femmes peintres, du moins dans la peinture antérieure au XXe siècle. Si la représentation de soi est le véhicule par excellence de l'émotion, de l'introspection, et de la connaissance de soi, sa forme prend curieusement des traits génériques qui s'imposent, depuis la Renaissance, pendant trois siècles. Ces traits -représentation du travail de l'artiste ou allégorie de la peinture, décor réaliste et mise en scène de la vie de famille, luxe et richesse de l'habillement et des accessoires - peuvent être corrélés avec ce que l'on sait de la vie et du travail de ces artistes. Avant le XVe siècle, Boccace rappelle l'existence de femmes artistes, notamment dans l'Antiquité. Des noms et des souvenirs subsistent, Marcia, Yrene, Thamar... y compris dans la pratique de l'autoportrait, mais l’œuvre est perdue. La mystérieuse Anastaise, évoquée dans la Cité des Dames, de Christine de Pisan, et contemporaine de l'auteur, fait aussi partie de ces artistes oubliées. [1] Il faut attendre le XVIe siècle, et des figures comme Sofonisba Anguissola ou Artemisia Gentileschi pour remarquer une professionnalisation du métier de peintre chez des femmes, avec ce que cette activité implique, pour les plus célèbres, comme portraitistes de cour ou recevant des commandes de nobles personnages. Leurs autoportraits sont ainsi probablement devenus emblématiques, ouverts sur la vie de la cour et de nature à ressembler à leurs modèles et à entrer dans leur monde. L'autoportrait est un échantillon de virtuosité autant qu'une affirmation, pour chaque artiste, de sa singularité. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que l'autoportrait devient plus intimiste, et s'éloigne progressivement du cérémonial et de l'exercice de style. Et pourtant, malgré certaines conventions, le caractère original des autoportraits de femmes peintres les plus anciens saute aux yeux. Intensité du regard, mise en abyme ou, simplement, un point de vue inattendu.
 
Les Attributs du peintre
 
D'abord, les femmes artistes ayant atteint une renommée durable sont des raretés dans l'histoire de l'art. Cependant, la pratique des arts, dans le domaine des arts plastiques, notamment des techniques comme l'aquarelle, la peinture sur porcelaine ou la miniature, faisait volontiers partie de l'éducation des jeunes filles. Jusqu'au XIXe siècle, il y avait ainsi beaucoup de peintres amateurs, comme il y a avait également beaucoup de diaristes ou d'épistolières, avec des productions de qualité inégale. Ce dilettantisme se trouve également à l'origine de certaines vocations artistiques. Parmi les femmes peintres, nombreuses sont celles issues d'une famille d'artistes et leur apprentissage a été informel, bien qu’extrêmement riche et diversifié. C'est le cas de Marietta Robusti, dite la Tintoretta, fille de Jacopo Robusti ; c'est aussi le cas de Catarina van Hemessen, et peut-être de Judith Leyster ; mais l'éducation reçue devient un facteur exceptionnel pour Sofonisba Anguissola, ainsi que pour ses frères et sœurs. Cette dernière, (1532-1625) bénéficie d'une formation très soignée, encouragée par son père, l'humaniste Almicare Anguissola, qui souhaitait que tous ses enfants développent leurs talents artistiques. Elle atteint un statut professionnel unique à partir de 1559 et pendant une vingtaine d'années, en intégrant la cour du roi d'Espagne Philippe II, en tant que peintre et compagne de la jeune reine Élisabeth de Valois [2]. Le parcours d'Artemisia Gentileschi, davantage tragique à ses débuts, n'est pas moins riche en succès artistiques. Première femme acceptée dans l' Accademia delle Arti del Disegno, de Florence, protégée par des personnages influents, comme le Grand-duc Cosme II et la Grande-duchesse Christine de Lorraine, entretenant des correspondances avec les plus grands artistes et savants de son temps ou voyageant dans toute l'Italie et même en Angleterre au gré des commandes, c'est le profil d'une personnalité forte et indépendante qui se dessine. Il est ainsi courant de voir, chez celles qui avaient fait de l'art leur métier, des autoportraits où il est question de se peindre en peignant. Et cette mise en scène traverse les époques. C'est ainsi que, de Sofonisba Anguissola à Elisabeth Vigée-Lebrun, en passant par Artemisia Gentilleschi, Rosalba Carriera ou Angelika Kauffmann, l'artiste se représente au travail, palette et pinceaux à la main, souvent en train de donner la dernière touche à un tableau, entourée des accessoires de l'atelier [...]
 
 

Self-portrait_with_Her_Daughter_by_Elisabeth-Louise_Vigée_Le_Brun.jpg

1200px-Self-portrait_at_the_Easel_Painting_a_Devotional_Panel_by_Sofonisba_Anguissola.jpg

800px-Serebryakova_SefPortrait.jpg

 

00:01 Publié dans Culture, Femmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.