03/08/2017

Entre photographie et peinture : le mouvement pictorialiste

   À la fin du XIXe siècle, la photographie était devenue une activité largement connue de nombreux publics, notamment pour sa valeur pratique et documentaire. Les arts plastiques ayant pris à l'époque une direction contraire à l'esprit réaliste, avec, notamment, l'impressionnisme et les débuts d'une peinture intentionnellement opposée à tout académisme, certains genres picturaux étaient tombés en désuétude, comme les tableaux historiques. La représentation fidèle de la réalité appartenait désormais davantage au photographe qu'à l'artiste. Aussi, l'appareil-photo, de plus en plus compact et facile à utiliser, intégrait les bagages de nombreux voyageurs, et l'image pittoresque ou exotique photographiée remplaçait de plus en plus souvent le tableau, même si le photojournalisme n'existait pas encore, du fait de l'impossibilité à cette époque d'imprimer ensemble le texte et les images, ces dernières devant être reproduites, du moins jusqu'au début du XXe siècle sous forme de gravures. Entre 1890 et 1914, à l'aspect utile et documentaire de la photographie s'ajoute cependant, peut-être en réaction à cette banalisation de techniques surtout utilisées de manière scientifique et commerciale, une dimension artistique, qui, sans être nouvelle, donne aux œuvres une ouverture sur d'autres arts. L'approche n'est pas nouvelle, car les débuts d'une photographie à vocation artistique se situent en Angleterre dès les années 1850 avec des figures comme Julia Margaret Cameron, Lady Elizabeth Eastlake ou Peter Henry Emerson. Il y était question de recréer des atmosphères, des mouvements, des climats ou des émotions particulières ; d'ajouter l'empreinte de l'auteur au-delà de la reproduction de ce que l'on voit. Cela peut s'appliquer aussi bien au paysage qu'au portrait ou à la représentation d'une scène où le spectateur doit trouver un ou des fils narratifs possibles. C'est cette approche de photographie en tant que moyen d'expression artistique, qui deviendra l'aspect essentiel du mouvement pictorialiste. Le mouvement ne possède pas de manifeste ou d'école définie, et il s'est développé au niveau international, en France, Allemagne, Grande-Bretagne ou aux États-Unis, avant de disparaître avec la Première guerre mondiale. Il y a eu cependant des théoriciens de ce courant esthétique qui étaient également des artistes, comme Robert Demachy, Constant Puyo et Heinrich Kühn.

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Edward Steichen, Flatiron Building, 1904

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