08/06/2007

La lune est le soleil des lièvres

Lièvre de montagne ou lièvre variable, par Inma Abbet

lièvre blanc

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07/06/2007

Edith Wharton : romans et nouvelles

Edith Wharton : Romans et Nouvelles

Vous connaissez sûrement Le Temps de l'innocence, l'une des oeuvres majeures de la romancière américaine Edith Wharton, contemporaine de Proust et de Henry James. Depuis sa retraite française, elle avait su faire revivre l'univers chatoyant et compliqué de la société new-yorkaise de la fin du XIXe siècle. Lire Wharton, c'est explorer des champs de bataille policés où l'on s'entretue sans effusion de sang, mais avec les armes de l'humiliation et de l'ostracisme. C'est aussi découvrir des penchants manipulateurs bien développés chez les plus innocentes parmi les jeunes filles. Mais l'hypocrisie et le mensonge font partie des nécessités de la vie en groupe et des réflexes de survie. La liberté, dans ce monde romanesque, reste le plus souvent une aspiration aussi désespérée que vaine, malgré le goût des voyages et le cosmopolitisme. Et pourtant, cette recherche d'amour authentique, ou la poursuite déraisonnable d'une vocation littéraire donnent aux personnages de Wharton une dimension tragique en contrepoint ironique avec les ambiances élégantes et froides de l'ancien New York.

Parallèlement à ses romans, Edith Wharton a écrit de nombreuses nouvelles et novelle ; certaines d'entre elles ont été publiées en français sous les titres Grains de grenade et Le Triomphe de la nuit. Il s'agit d'histoires inquiétantes qui, en apparence, pourraient être rattachées à la tradition anglo-saxonne de la Ghost story. En apparence, seulement, parce que rien n'est simple chez Wharton. Dans ces récits, le fantôme est moins un revenant que la personnification d'une conscience tourmentée, d'un crime inavoué ou d'un passé qui résiste à toute destruction. A plusieurs reprises, la maladie du narrateur intervient comme un facteur de brouillage qui crée le soupçon et donne à son discours une moindre crédibilité. Pour ses nouvelles, Edith Wharton n'aimait pas les atmosphères gothiques et les châteaux hantés ; elle leur préférait les maisons modernes où l'étrange ferait irruption dans une vie quotidienne confortable et rangée et ferait soudainement éclater les certitudes les mieux ancrées. Les fantômes rappellent la faute commise, mais parfois ils l'anticipent, et cela dévoile une autre nouvelle que le lecteur pourrait imaginer en jouant avec les possibilités.

Pour en savoir plus :

www.edithwhartonsociety.org

(en anglais, on peut y lire, notamment, une grande partie des oeuvres d'Edith Wharton)

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04/06/2007

Sur quelques lignes de Pascal

 

"Qu'il est difficile de proposer une chose au jugement d'un autre, sans corrompre son jugement par la manière de la lui proposer! Si on dit : "Je le trouve beau ; je le trouve obscur", (...) on entraîne l'imagination à ce jugement, ou on l'irrite au contraire. Il vaut mieux ne rien dire; et alors il juge selon ce qu'il est, c'est-à-dire selon ce qu'il est alors, et selon que les autres circonstances dont on n'est pas auteur y auront mis (...) si ce n'est que ce silence n'y fasse aussi son effet, selon le tour et l'interprétation qu'il sera en humeur de lui donner, ou selon qu'il le conjecturera des mouvements et de l'air du visage, ou du ton de voix, selon qu'il sera physionomiste : tant il est difficile de ne point démonter un jugement de son assiette naturelle, ou plutôt, tant il en a peu de ferme et de stable."

Pensées, 1670, fragment de la Pensée 105 dans l'édition L. Brunschvicg, 1897.

 

 

La lecture des Pensées de Blaise Pascal possède l'étrange vertu de nous rendre, sinon plus intelligents, du moins plus attentifs à l'arrière-plan culturel, philosophique et moral des sujets les plus rebattus de notre quotidien. Chaque petit fragment de ce projet d'apologie de la religion chrétienne, qui ne fut jamais terminée, renferme des perles de réflexion, des hypothèses fulgurantes et de fascinants paradoxes. Ici, il est question de jugement esthétique. Ce que nous croyons nous appartenir exclusivement, notre marque identitaire, à savoir le goût, obéit en réalité à une masse d'influences dont l'importance et l'origine nous échappent le plus souvent. Rien n'est plus soumis aux caprices et aux modes du jour que la notion de beauté, qui peut être si facilement altérée par l'influence de notre interlocuteur, par quelque chose d'aussi tenu qu'un regard, une attitude imperceptible, voire par le silence. Dans ces quelques lignes de Pascal, il y a tout l'art de la persuasion qui, dans la perspective du dialogue entre le Chrétien et le Sceptique, constitue le coeur des Pensées. Considérés individuellement, les fragments de l'apologie inachevée surprennent le lecteur de XXIe siècle qui s'intéresse à la communication non verbale, aux apparences trompeuses des discours qui prétendent faire appel à sa sa raison et qui ne flattent que sa vanité et son imagination. Pascal nous invite à la discussion, tout en dévoilant les processus intellectuels qui permettent de persuader et de convaincre, de modifier la perception et de créer l'illusion du vrai.

02:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)