12/12/2011

Myriade et Microcosme

 

Personne ne sait à quoi ressemblent en réalité les villes, car les livres et les cartes postales entretiennent sans cesse le mythe romantique des ruines, des lieux solitaires propices à la méditation. Il n’y a jamais personne, dans cet imaginaire façonné par des iconographies anciennes et nouvelles. Et, pourtant, qui s’est jamais promené seul à Venise, avec ou sans carnaval, avec ou sans Acqua alta ? (il paraît qu’avec l’acqua alta c’est encore pire en ce qui concerne la foule). (1) La qualité, la texture des foules est un sujet rarement évoqué dans la description d’une ville. C’est peut-être le côté insaisissable des myriades urbaines qui ne laisse guère le temps aux idées reçues de s’y installer. Mais une réalité mouvante peut être dite autrement, par exemple, en libérant des souvenirs personnels du microcosme d’un quartier shanghaien. C’est  la démarche de Wang Anyi dans A la recherche de Shanghai, essai sur l’évolution de la ville où il est avant tout question de ses habitants.

En tant qu’interprétation personnelle, sensuelle et chatoyante, la vision de l’auteur s’attache aux changements, infimes mais constants, entraînés par le passage des saisons, par une promiscuité forcée dans des ruelles aux arrière-boutiques sombres et aux immeubles qu’on devine sur le point de s’écrouler. La vie shanghaienne du passé et du présent est frugale, avec toutefois des aspects complexes ; ces derniers (la situation politique, les guerres, les modes) se manifestent souvent de manière indirecte, mais réussissent à modeler les rapports de voisinage, l’urbanisme ou la pratique de différents métiers. [SUITE]

 

05/09/2011

Lectures d’été : Le Cygne Noir (où l’on apprend qu’il est possible de tout prédire, sauf l’avenir)

Mieux vaut tard que jamais, puisque la traduction française était déjà sortie il y a un certain temps, quelques soirées sont suffisantes pour lire Le Cygne noir, de Nassim Nicholas Taleb, où se croisent, dans un grand hall d’aéroport, la bibliothèque d’Umberto Eco, la guerre du Liban, l’épineuse question du statut social des chercheurs, la vaste plaisanterie des prix Nobel d’économie, l’arrogance épistémique, les auteurs français méconnus en France et les prévisions basées uniquement sur des modèles de type courbe en cloche.

Le fil conducteur du Cygne Noir (métaphore désignant les événements imprévisibles qui devraient creuser des failles dans toute théorie de la connaissance sérieuse -ce n’est pas parce que tous les cygnes connus sont blancs qu’il n’en existe pas de noirs-) est le principe d’incertitude. Il peut être appliqué ... [SUITE]

28/07/2011

Garenne énigmatique

Les grandes vacances sont un moment privilégié pour la lecture, mais cette année j’ai préféré vous proposer un jeu de nature différente. Il ne s’agira pas de trouver les auteurs d’une collection de débuts de roman, mais une citation littéraire cachée dans la garenne ci-dessous. Avec les pistes suivantes :

 

-La citation est en anglais

-Elle n’a aucun rapport avec des lapins

-Elle est tirée d'un roman et a un peu plus d’un siècle

 

 

Pour trouver la garenne cliquez ici

11:19 | Tags : jeux | Lien permanent | Commentaires (0)

11/06/2011

De Haute Nendaz à Sion en car postal

Et un ciel plein de nuages, tout frais (après la pluie ?). Mais non, je ne suis pas en vacances. Le paysage m’échappe naturellement, et ses plus beaux ou plus curieux aspects restent encore un peu devant mes  yeux, comme lorsque je voyage en train, sous forme de persistance rétinienne.

 

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13/05/2011

La vie mauve

C’est un saupoudrage de souvenirs, à l’origine. Il y avait les couleurs vues et reconnues, mais aussi autre chose, des tonalités qui n’existaient que sous une certaine lumière, celle des réverbères qui changeaient le bleu en mauve, celle du ciel avant l’orage, celle de la poussière sur les vitres légèrement opalescentes d’une serre, des nuances associées à un son ou une senteur, voire à des mots. Il y avait aussi les couleurs impossibles : celles des bulles de savon, celles du nacre, qui avaient une réalité tangible pour moi, avant de connaître le sens d’iridescence. La couleur qui change selon le point de vue de l’observateur me paraissait quelque chose d’improbable et de fascinant. Plus tard, j’ai retrouvé cette qualité si présente (mais inexistante, au fond) dans la célèbre phrase de Flaubert :« Dans Salammbô, j’ai voulu donner l’impression de la couleur jaune. Dans Madame Bovary, j’ai voulu faire quelque chose qui fût de la couleur de ces moisissures de coins où il y a des cloportes. » Si un roman est plus qu’une couleur, on peut, en revanche, associer certaines tonalités à son contexte,  qui resteront dans la mémoire du lecteur lorsqu’il aura oublié, peut-être, l’essentiel de l’intrigue. Concernant l’exemple, je n’associe pasSalammbô à du jaune, mais plutôt à un mélange de pourpre, d’orange et de gris foncé ; Madame Bovarym’apparaît comme une photographie en noir et blanc, mais je n’ai aucun souvenir d’éléments chromatiques particuliers dans aucun des deux romans… Chaque lecteur de roman fabriquerait ainsi sa propre iridescence, symbolique et affective.

Au sens propre, l’irisation est un motif que l’on rencontre, par exemple, rarement dans un décor littéraire médiéval, où les couleurs surgissent denses et brillantes. L’iridescence est en revanche liée aux variations de la lumière sur l’or et aux reflets des pierres précieuses, à certaines matières minérales ou animales (écailles, élytres). Ainsi l’adjectif chatoyant, qui apparaît au XVIIIe siècle, renvoie à l’œil du chat et à la pierre de même nom. Comme le montre l’iconographie, l’aspect irisé semble également très bien diffusé dans les étoffes au temps où l’on commence à évoquer des chatoiements, et dans l’expression « l’orient d’une perle », à une époque où la plupart des perles venaient déjà d’Amérique et non plus d’un Orient rêvé. Le terme cependant restera, même pour désigner les perles artificielles élaborées avec une substance qu’on appelait, au XVIIe siècle, essence d’orient.

(Ma catiche, et les commentaires, sont de nouveau ouverts provisoirement)
Et un nouveau collage...

 

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30/03/2011

Segantini à Bâle

Si j’avais une exposition à conseiller aux amateurs de paysages austères, d’illuminations vespérales et de clartés lunaires en cette saison, ce serait bien celle que la fondation Beyeler dédie à Giovanni Segantini (1858-1899). Figure marquante du divisionnisme (proche du pointillisme), artiste reconnu et célèbre à son époque, Segantini a rarement fait l’objet de rétrospectives au cours des dernières années (une exposition à la National Gallery de Londres, en 2008, a présenté certaines de ses œuvres à côté de celles d’autres peintres divisionnistes). Et pourtant, cette œuvre mérite d’être plus largement diffusée, car elle offre de nombreux aspects originaux allant au-delà d’une peinture « de genre » montagnard.
Perspectives
Le lieu presque unique de l’œuvre de Segantini, malgré quelques exceptions milanaises, est le paysage agreste des Grisons où l’artiste avait fixé sa résidence. Que ce soit dans une prairie entouré de cimes blanches ou sur une route traversant une plaine, le regard se déploie sans artifices sur les rochers et les pentes, sur l’ombre des clôtures et des sources. L’expression est sobre, sans être minimaliste, elle dévoile les changements de la lumière du jour, l’ouverture de l’espace ou la solitude. Segantini peignait de grands tableaux en plein air, en altitude, comme le Triptyque des Alpes.

Personnages
Cependant, les montagnards qui apparaissent dans l’œuvre de Segantini ne sont jamais seuls. Ils sont représentés au travail, en plein soleil ou à l’aube, figures presque à contre-jour proches des paysans de Millet, parfois en prière ou au repos, dans un moment d’abandon, marchant en compagnie de leurs vaches et moutons. Les animaux font partie de leurs vies et occupent souvent la plus grande partie de l’espace ; leur présence, surtout quand ils apparaissent en groupe, forme des jeux de couleurs et de formes autonomes qui profitent de l’iconographie naïve et populaire  pour exprimer un message symbolique. L’humain et l’animal ont une existence semblable, les mêmes peines, les mêmes chemins parcourus. Ainsi, Les deux mères montrent la femme et la brebis côte à côte, chacune accompagnée de son petit, évoluant dans un monde crépusculaire. Les silhouettes ne sont pas figées, mais on devine une certaine économie des mouvements, réduits à l’essentiel, en harmonie avec une nature impressionnante et froide, mais qui ne cesse d’évoluer.
Textures de la lumière
Chez Segantini, l’heure bleue offre un éventail de nuances chatoyantes. Vues de près, les couleurs claires semblent avoir été appliquées en filaments bien définis, avec une texture plus sèche sur un fond sombre, produisant un curieux effet de relief, rappelant un rideau de neige ou une empreinte. Cela est particulièrement perceptible dans ses dernières œuvres et montrent une évolution de la technique de l’artiste qui  aurait pu se tourner vers des formes abstraites. Dans les autres toiles, tout un monde de reflets papillonnants, grâce à la séparation des couleurs, s’offre aux regards, comme si le peintre avait voulu figer des gestes de la main, le scintillement de l’eau ou la course des nuages traînants. Le style divisionniste inspirera plus tard le Futurisme, dans la recherche  d’une représentation efficace du mouvement. Mais c’est une autre histoire.
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Jusqu’au 25 avril
Fondation Beleyer
Baselstrasse 101
CH-4125 Riehen/Bâle
Tél. + 41 (0)61 645 97 00


Tous les jours de 10 h. à 18 h, le mercredi de 10 h. à 20 h.
Le musée est ouvert le dimanche et les jours fériés.

 

20/03/2011

Sans paroles

 

 

 

 

 

 

 

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