26/10/2015

ARIGATO GOZAIMASU 360

À propos de Arigato Gozaimasu 360, de Solange Momo

 

Le titre est la transcription de la formule typique de remerciement japonaise, un merci beaucoup que chaque voyageur curieux adresse sans hésiter à un pays d'une extrême richesse de nature et d'histoire, d'innovation et de particularités culturelles. Il s'agit ici d'un ouvrage, essentiellement composé de photographies, où les singularités nippones s'affichent simplement, invitant le lecteur à poursuivre la découverte et prolongeant le mystère. Avec des légendes sous forme de micro-récits en trois langues (français, anglais et japonais), la narratrice genevoise nous emmène, en dix-sept chapitres, sur les pentes du Mont Fuji, dans les marchés aux poissons et les îles sacrées, mais aussi dans les grandes villes comme Tokyo, entre autres. Au cœur d'un monde hyperactif et acquis à la modernité, on repère des fragments d'un passé incarné par des temples traditionnels, par des jardins ou des boutiques qui permettent de s'habiller comme autrefois. La coexistence des temps est pacifique. Mais l'importance du costume ne s'arrête pas aux différences entre l'ancien et le récent. Elle est visible dans la rue, dans les uniformes scolaires qui rappellent les vêtements des enfants européens du début du XXe siècle, et surtout dans des loisirs prisés par les jeunes, comme le cosplay, art du déguisement inspiré de l'univers et des personnages des mangas. La complexité et la symbolique de l'habillement dépassent les modes, constituent autant de signes de culture ou de statut social que l'on retrouve également dans les contrastes architecturaux et urbanistiques entre des quartiers comme Ginza et Shibuya.

 

Après les grandes villes, un Japon plus secret se profile dans les paysages montagnards, dans les villes marquées par une histoire tragique, comme Hiroshima, dans les charmes de l'île de Miyajima, l'île au torii « flottant » où il est interdit de naître et de mourir, et dans mille autres détails, telles les différentes étapes de l'élaboration du wasabi frais et autres spécialités culinaires, ou la production des perles... Sans oublier des rendez-vous autour de la musique ou des soldes, et certaines balades originales. Ce livre n'est cependant pas un guide touristique, même s'il suggère bien des idées ; plutôt une vision personnelle, un parcours illustré à l'aide de brèves narrations et grandes perspectives qui donne envie de se plonger dans tant d'étrangeté et de paradoxes. Le Japon semble un pays idoine pour les voyages en solitaire où la réalité s'offre et se dérobe, aussi évidente qu'énigmatique.

 

 

ARIGATO GOZAIMASU 360, de Solange Momo

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09/09/2015

Avec les chiens

Avec les chiens

 

à propos de Avec les chiens, d'Antoine Jaquier

 

   Si, d'après certains, à dormir avec les chiens, on attrape des puces, que peut-il arriver à ceux qui se rapprochent d'un tueur d'enfants, dit l'Ogre de Rambouillet, tout juste sorti de prison ? Que risque-t-on à essayer la compréhension, le châtiment ou le pardon ? L'intrigue de ce roman ressemble beaucoup au récit d'une insidieuse contagion, facilement répandue à la faveur de la fascination du mal. Raconté à deux voix, le récit met en scène deux personnages, deux victimes du tueur en série Streum : Michel, le père d'un des enfants enlevés, et Julien, le dernier enfant longtemps séquestré dans la cave de Streum, et le seul rescapé. Chacun de leur côté, méfiants mais étonnamment naïfs, ils épient la nouvelle vie de l'ogre, s'arrangent pour faire sa connaissance sous des faux noms. D'abord, il y a un projet de vengeance, plutôt farfelu, mais bien sérieux, décidé treize ans plus tôt. La proximité de Streum va le rendre rapidement caduc. Au lieu de la détestation attendue, les deux hommes commencent à éprouver une attirance au début ambiguë, de plus en plus affichée ensuite, pour une figure qui représente à leurs yeux l'assouvissement sans limites des pulsions, la haine décomplexée des femmes, la rupture avec une civilisation adepte de la mièvrerie rigide, qui les gênent aux entournures, la liberté comme négation de l'autre. Ils adoptent ainsi les codes, le langage du meurtrier, et même ses étranges loisirs, sans se douter que le processus de victimisation continue, cette fois sous forme de manipulation des esprits. Puisqu'on vous avait dit que c'était un pervers...

 

Entre sadomasochisme et hybristophilie, la séduction exercée par le tueur en série semble bien être celle d'un improbable dernier fauve en liberté, d'un mauvais sauvage des banlieues et du no man's land pavillonnaire. Il s'épanouit aussi bien dans une ferme isolée que dans la jungle des sites de rencontres. Son adaptabilité lui donne une position dominante, et il n'hésite pas à exploiter les points faibles de ceux qui vont s'empresser plus tard de lui trouver des excuses (l'inévitable enfance malheureuse). Dans la description de ses victimes, la passivité et l'apathie n'est pas sans rappeler certains personnages de Michel Houellebecq (Les Particules élémentaires). Ici aussi, la victimisation devient un statut et, avec le temps, une stratégie. Avec les chiens décrit des folies individuelles, reflets de folies collectives : celle des médias, qui cultivent, chez le public, l'envie de se faire peur, celle des esclaves consentantes cherchant désespérément un maître, celle, enfin, de la réification des enfants, réduits à l'état d'objets ou à celui de projets. Dépourvu de tout discours moralisant, le deuxième roman d'Antoine Jaquier explore le domaine du polar, en cultivant le suspense, mais aussi celui du roman réaliste, avec ses personnages construits à partir d'agrégats, où se mêlent des clichés de notre époque et une solitude tenace.

 

 

 

Avec les chiens, d'Antoine Jaquier, éd l'Âge d'Homme, 2015

 

http://inma-abbet.blogspot.ch/2015/09/avec-les-chiens.htm...

09/08/2015

Matisse et son temps

à propos de l'exposition Matisse et son temps, du 20 juin au 22 novembre 2015 à la Fondation Gianadda, Martigny

 

Entre deux siècles, le long parcours artistique d'Henri Matisse (1869-1951) nous révèle l'éclosion des avant-gardes, des différentes tendances, des échanges, amitiés et dialogues esthétiques sans fin. Étonnante carrière s'épanouissant sur le tard mais toujours en avance sur son temps, miroir des artistes de son époque. L’œuvre de Matisse est ici mise en parallèle avec celle d'autres peintres : Picasso, Bonnard, Braque, André Derain, Maurice Vlaminck, Juan Gris... Une mise en scène des débuts de l'art moderne avec des œuvres majoritairement issues des collections du Centre Pompidou, ainsi que de quelques collections privées suisses.

 

L'exposition est organisée selon un fil conducteur chronologique, en neuf étapes : les débuts, dans l'atelier de Gustave Moreau ; le fauvisme ; l'influence du cubisme ; les années niçoises ; la série des Odalisques ; l'atelier du midi ; l'atelier comme espace de la peinture et enfin le tournant de l'après-guerre et l'entrée dans une autre modernité, celle qui annonce les couleurs du pop art. Dans ses années de formation auprès de Gustave Moreau, peintre symboliste, dans les années 1890, Matisse avait, avec d'autres peintres comme Albert Marquet, Charles Camoin ou André Derain, commencé à formuler une singularité, un style qui allait se développer autour d'un usage franc et audacieux de la couleur, qui, utilisée de façon pure et posée en aplat, réinterprète les leçons de l'impressionnisme dans un art de la simplification destiné à montrer la réalité telle que le peintre la voit. C'est par la couleur et ses contrastes que la lumière s'exprime. Dans ses œuvres datant de 1900, notamment ses vues du pont Saint-Michel, Matisse montre la vue depuis son atelier en employant des techniques différentes, mais qui préfigurent sa période fauve. Après un séjour à Collioure en 1905, son travail devient de plus en plus original sur le plan chromatique, ce qui vaudra à sa peinture et à celle des autres exposants du Salon d'automne de 1905 l'appellation de « fauve ». Le surnom ne tarde pas à être revendiqué par les peintres eux-mêmes, et le fauvisme est devenu une école picturale en concurrence avec d'autres mouvements avant-gardistes, notamment le cubisme. Initiée par Picasso, Georges Braque et Juan Gris, la peinture cubiste offre une vision déconcertante de la réalité, par la décomposition et recomposition de ses éléments, par la stylisation des objets suggérés par des traits et des formes géométriques. Pour Matisse, la réflexion sur la dimension géométrique de la peinture se manifeste notamment à partir de 1914, avec le tableau Porte-fenêtre à Collioure, où la netteté des lignes et des zones de couleur rendent la représentation de l'objet proche de l'abstraction.

 

Le portrait est aussi un genre facilement repris et transfiguré par la modernité chez Matisse. Le réalisme laisse la place à la simplicité du trait vivement souligné, et à des arrière-plans très colorés, où l'on trouve souvent des allusions à une ornementation très riche dans les meubles et les tissus. C'est là un motif très ancien que l'on retrouve dans les Odalisques, portraits féminins réalisés après un séjour au Maroc. La prédominance des tonalités chaudes, du rouge, l'expression d'une nudité rêveuse et nonchalante cultivent le souvenir de Delacroix, d'un imaginaire orientalisant, romantique et sensuel.

Suite : http://inma-abbet.blogspot.ch/2015/08/matisse-et-son-temps.html

22/06/2015

Deux poèmes

irisflor3.jpg

"Iris Florentine", technique mixte sur papier, Inma Abbet, 2015

http://inma-abbet.blogspot.fr/2015/06/le-lien-invisible-d...

05/06/2015

La Saga Maeght

à propos de La Saga Maeght, de Yoyo Maeght

 

  Dans l'héritage, il y a avant tout l'organisation consciente d'une postérité, le prolongement de la vie et des idées par la transmission d'objets, de savoirs ou de valeurs. Ce qui est transmis peut être matériel ou spirituel, ayant une valeur marchande ou sentimentale. C'est un choix où celui qui lègue manifeste une plus grande liberté, et peut se montrer plus imaginatif, que celui qui reçoit. L'héritier découvre parfois, no seulement un patrimoine, mais un souhait de conservation et de continuité parfois difficile à assumer ou à mettre en valeur. Dans La Saga Maeght, il est à la fois question d'héritage immatériel, donc fragile et inestimable, et d’œuvres d'art bien tangibles, ayant des prix, certes changeants. Il est question du quotidien des artistes et de la création d'un environnement favorable à leur épanouissement, de sa consolidation par le biais d'une fondation avant-gardiste, et aussi de l'avenir de cette famille si étroitement liée à l'histoire de l'art moderne.

 

   On trouve ici la fraîcheur d’œuvres qui ne sont pas encore des pièces de musée, parce qu'elles sont vues par les yeux d'une enfant, la narratrice Yoyo, petite-fille d'Aimé Maeght, éditeur devenu galeriste par le hasard des rencontres et des affinités avec des artistes comme Bonnard ou Matisse. La biographie de ce grand-père surprend par son audace. Il aurait pu rester paysan, rêvait de peinture et avait travaillé comme ouvrier lithographe, avant de devenir collectionneur, mécène, marchand d'art... L'entourage de Yoyo, de ses parents et de ses sœurs, ce sont les peintres, mais aussi les musiciens, les acteurs et les écrivains. On y croise Jacques Prévert, Miró, Braque, Giacometti ou Picasso ; les grands-parents Maeght se montrent des hôtes attentionnés et des amateurs d'art éclairés, ayant compris la pertinence de tendances qui semblaient à l'époque -les années 1940-1950- éphémères ou excentriques, voire démodées, comme le surréalisme, dont ils s'emploient à faire revivre l'esthétique et l'atmosphère lors de l'exposition de 1947. Cette ambiance exceptionnelle est reconstituée par Yoyo, à l'aide d'un étonnant fonds iconographique et d'un regard neutre, mais seulement en apparence. Car, derrière les scintillements mondains, les fêtes et les vernissages, il y a également les déceptions et l' incompréhension d'une petite fille qui se pose des questions sur ses parents, des plaisanteries cruelles et des conflits familiaux centrés sur la continuation compliquée de l’œuvre d'Aimé Maeght. Après la mort du fondateur de la galerie, il reste un héritage unique, dont l'inventaire donnerait le vertige. C'est le fruit d'une histoire d'amitié et de passion artistique, mais qui donne, à la fin, une impression d'incontrôlable gâchis. Au-delà de l'aspect matériel, la narratrice a bien saisi l'esprit de cette succession, en poursuivant par elle-même le tri et la découverte de nouvelles tendances de l'art contemporain, en s'intéressant aux pays émergents dans le marché de l'art... Le livre se termine se manière ouverte, et on peut regretter seulement qu'il n'y ait davantage d'images des différentes expositions et œuvres évoquées, car les descriptions éveillent bien la curiosité.

 

 

La Saga Maeght, de Yoyo Maeght, Robert Laffont, 2014

http://inma-abbet.blogspot.fr/2015/06/la-saga-maeght.html

13:47 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/04/2015

De Raphaël à Gauguin

De Raphaël à Gauguin

 

à propos de l'exposition De Raphaël à Gauguin. Trésors de la collection Jean Bonna, à la Fondation de l'Hermitage, Lausanne

 

   Le papier est un matériau singulier. Fragile, il tolère mal les agressions de l'humidité et de la lumière. Comme support d'art, il ne semble pas destiné à un long avenir. Le papier, c'est le territoire de l'esquisse et du brouillon, de l'ébauche préalable de ce qui deviendra tableau ou fresque. Pourtant, malgré son caractère friable, les œuvres sur papier font parfois preuve d'une surprenante résistance aux effets destructeurs du temps. Cela tient peut-être aux caractéristiques des pigments utilisés dans le dessin, à celles du papier, et, naturellement, aux conditions de conservation. La volonté de conserver l'éphémère fait que les œuvres ne puissent être exposées de manière permanente, elles constituent, en revanche, des objets précieux gardés au sein des départements des arts graphiques de nombreux musées et bibliothèques, et de quelques collections privées. L'importance des dessins est double : ils peuvent être considérés, pour leurs qualités artistiques, comme des œuvres à part entière, tout en étant des témoignages uniques de l'évolution du travail des artistes, comprenant les séances de pose, le dessin en plein air, les étapes de l'élaboration d'un tableau, l'influence de l'esthétique d'une époque déterminée ou, simplement, l'expérimentation avec diverses matières et textures.

 

   Cette diversité des approches artistiques et historiques est bien présente dans la collection Jean Bonna, constituée depuis une trentaine d'années, à Genève, et connue du public depuis dix ans environ. Suivant un chemin intuitif, basé sur le goût personnel, la collection regroupe des dessins exécutés entre le XVe et le XIXe siècle. On y retrouve aussi bien la Renaissance de Dürer et Hans Hoffmann avec des animaux fidèlement reproduits, que l'étude pour la Vierge au long cou, du Parmigiano, les lavis de Victor Hugo ou des baigneuses de Renoir. Ce voyage pictural s'arrête au seuil de l'art moderne, après avoir exploré ces facettes méconnues des maîtres anciens. L'abondance et la pertinence des choix sont frappantes : « Ce qui caractérise votre collection, c'est sa volonté encyclopédique. Elle veut raconter une histoire du dessin des origines à nos jours (presque jusqu'à nos jours), d'une manière exhaustive [...] » ˡ L'histoire du dessin est aussi celle de la « peinture sur papier », telle est la diversité des techniques et matériaux, qui en font souvent des œuvres accomplies.

 

   Il y a un lien entre la représentation picturale et l'écriture lorsque le support est le papier ou le parchemin. Ce n'est pas sans rappeler l'univers de l'illustration et de la miniature. Les enluminures disparaissent avec le Moyen Âge et avec l'essor de l'imprimerie, mais le dessin, à partir du XVe siècle, lorsqu'il devient une phase préparatoire dans la réalisation d'une peinture, continue de se faire en grande partie avec les outils de l'écriture : la plume et l'encre, différentes sortes de crayon, comme le crayon Conté, la pierre noire (schiste argileux noir au grain fin, qui donne un trait souple gris ou noir, remplacé au XIXe siècle par le graphite), le fusain (charbon de bois). Ces techniques incluent également l'aquarelle, la gouache, le lavis (encre diluée), la sanguine (argile ferrugineuse) ou, afin de créer ombres et nuances, les « trois crayons » (trois minerais sur du papier teinté : pierre noire, sanguine et craie blanche). Davantage que la couleur, les artistes semblent chercher la précision dans le trait, les contrastes et les effets de lumière. [SUITE]

20/03/2015

Monsieur Chien

à propos de Monsieur Chien, de Jacques Tallote

 

-Peut-on trop désirer? Je suis l'ogre en quête de sa chair. Je tourne autour de sa lumière. Le reste : zone nocturne! (Monsieur Chien)

 

   Qu'y a-t-il de plus mélancolique et de plus mystérieux qu'une plage en hiver? Le décor est à peine posé dans un coin de l'île d'Oléron que déjà personnages et situations sont cernés par l'inquiétude et par une sorte de menace désincarnée, vaguement liée à des drames familiaux, à l'abandon et à la mort. Inquiétude et menace envahissent insidieusement la vie de Nils et Luca, de Livia et Susan, tous des jeunes gens dotés d'une grande sensibilité, et d'une certaine excentricité, évoluant dans les marges des modes et des habitudes de ceux de leur âge, leur préférant tout ce qui s'éloigne ou demeure absent. L'atmosphère du lieu convient d'ailleurs à leur questionnement amoureux et à leur tempérament artistique. Un paysage désolé, fait de « caravanes fermées, piscines bâchées et toboggans sous la pluie », à la fin des années 1990. Dans les dunes battues par le vent, émergent des objets inattendus, qui suggèrent ce qui semble obséder les héros du roman : la finitude et la disparition. Ce qu'on trouve sur la plage a une signification particulière, même s'il ne s'agit que d'un débris : un vêtement, un vieux jouet, un sac... Ce que la mer rejette, ou qui résiste aux intempéries est un désaveu de l'oubli.

 

   Les deux garçons et les deux filles ont en commun le fait de venir de familles éparpillées sur plusieurs pays, éclatées longtemps auparavant. Les parents ont disparu dans leur nature, qui au Portugal, qui en Norvège, ils ont évolué dans d'autres cercles où, parfois, se sont autodétruits. Ils laissent des maisons vides et des secrets indéchiffrables, l'impossibilité d'une continuité ou d'un quelconque héritage, et nombre de questions sans réponse. C'est ainsi que Nils s'interroge sur la relation entre ses parents, Martha, la mère, Norvégienne égarée dans une France où elle se sent toujours étrangère, qui finit par abandonner mari et enfant pour retourner dans son pays et intégrer une communauté flirtant avec les drogues et l'extrémisme ; quant à Polob, le père, il effraie son fils et ses amis par son athéisme radical, qui prend des traits superstitieux puisque davantage fondé sur la peur de la croyance que sur la rationalité. Les quatre jeunes gens seront confrontés à l'étrangeté de Polob, à la frontière de la folie, à son passé verrouillé à son comportement imprévisible, des traits qui en font un bon candidat pour le rôle de l'agresseur de Livia, frappée par un inconnu alors qu'elle tentait de porter secours à un chien mourant. Pourtant, le récit de Livia semble lacunaire et baigné par une lumière irréelle, où il devient difficile de distinguer le rêve du vécu, et les pistes se referment sitôt ouvertes. Tout le monde semble fabuler à un degré plus ou moins important, et évoluer dans des cercles fermés comme à l'intérieur d'une prison, en gardant pour soi des références et expériences intransmissibles. (SUITE)