06/04/2012

Terrains vagues

À propos de : Orages ordinaires, de William Boyd

Au départ, une scène de crime, une victime qui en savait probablement trop et un parfait suspect bien entendu innocent qui prend la fuite parce qu’il se trouvait au mauvais endroit et au mauvais moment. À l’arrivée, un mode d’emploi des villes tentaculaires, où la question de la place de chacun, de ce que chacun fait pour conquérir ou pour garder son espace vital est abordée avec beaucoup d’ironie et de finesse. Dans ce roman de William Boyd, tout commence avec un personnage faussement candide, un climatologue anglais ayant fait carrière aux États-Unis, qui revient à Londres pour un entretien d’embauche. Adam Kindred possède tout, mais une rencontre apparemment anodine va lui faire tout perdre, lorsqu’il devient accidentellement témoin du meurtre de l’homme dont il venait de faire connaissance. S’ensuit une fuite qui l’emmènera dans les marges de la société -mais on apprendra plus tard que ce n’est pas la première fois qu’Adam Kindred choisit de disparaître devant un problème apparemment insoluble- où il devra côtoyer une faune urbaine aussi discrète que dangereuse dès lors qu’on s’attaque à son territoire, sans oublier le tueur à gages qui suit ses traces. Installé sur les rives de la Tamise, Kindred fait l’expérience de la perte de l’identité, de la pauvreté et de la faim, avant de tenter de résoudre par lui-même l’énigme du meurtre dont on l’accuse. Et il pense trouver la solution dans l’entreprise pharmaceutique où travaillait l’homme assassiné, entreprise qui est sur le point de lancer un nouveau médicament. [SUITE]

22/03/2012

La beauté des natures mortes

A propos de : Le Livre des enfants, d’A.S. Byatt

Les natures mortes m’ont toujours intriguée. C’est une question de temps. En voyant des objets à la fois fragiles et figés, des tulipes, des fruits et des légumes à la surface tendue, veloutée, je me dis que le moment où ils ont été ce que le tableau reflète a été très éphémère. La nature morte représente un instant fixe, mais les éléments qui la composent sont en constant devenir, risquent de se gâter assez rapidement (ou d’être mangés ou utilisés). Ce qui est en réalité une image du mouvement tout ce qu’il y a de plus fugace prend des airs solennels, demeure immobile et silencieux par-delà les âges ; ce qui est offert dans tout son réalisme est le plus souvent imaginaire –Les plus somptueuses natures mortes flamandes du XVIIe siècle ont été peintes à des époques de disette- . La nature morte, c’est la volonté d’attraper le temps dans un filet à papillons. Et c’est l’impression que j’ai eu en lisant  Le Livre des enfants, d’A. S. Byatt, un long récit à tiroirs, avec un grand nombre de personnages qui grandissent, allant de l’âge d’or à l’âge d’argent, en multipliant les voyages et les expériences amoureuses et sexuelles dans l’Angleterre des années 1900. [SUITE]